Stances sur la soumission que l’on doit à Dieu

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Sur la soumission que l’on doit à Dieu


1694

Heureux qui, se trouvant trop foible et trop tenté,
Du monde enfin se débarrasse!
Heureux qui, plein de charité,
Pour servir son prochain y conserve sa place !
Différents dans leur vue, égaux en piété,
L’un espère tout de la grâce,
L’autre appréhende tout de sa fragilité.

Ce monde, que Dieu même exclut de son partage,
N’est pas le monde qu’il a fait.
C’est ce que l’homme impie ajoute à son ouvrage,
Qui fait que son auteur le condamne et le hait.
Observez seulement le peu qu’il vous ordonne,
Et, sans cesse le bénissant,
Usez de son présent, mais tel qu’il vous le donne,
Et vous n’aurez rien fait qui ne soit innocent.

Crois-tu que le plaisir qu’en toute la nature
Le premier être a répandu
Soit un piège qu’il a tendu
Pour surprendre la créature ?
Non, non ; tous ces biens que tu vois
Te viennent d’une main et trop bonne et trop sage ;
Et, s’il en est quelqu’un dont ses divines lois
Ne te permettent pas l’usage,
Examine-le bien, ce plaisir prétendu,
Dont l’appât lâche à te séduire,
Et tu verras, ingrat, qu’il ne t’est défendu
Que parcequ’il le pourroit nuire.

Sans ses lois et l’heureux secours
Qu’elles te fournissent sans cesse,
Comment, avec tant de foiblesse,
Pourrois-tu conserver et tes biens et tes jours ?
Exposé chaque instant à mille et mille injures,
Rien ne rassureroit ton cœur épouvanté,
Et ces justes décrets contre qui tu murmures
Font ta plus grande sûreté.

Voudrois-tu que la Providence
Eût réglé l’univers au gré de tes souhaits,
Et qu’en te comblant de bienfaits
Dieu t’eût encor soustrait à son obéissance ?
Quelle étrange société
Formerait entre nous l’erreur et l’injustice,
Si l’homme indépendant n’avoit que son caprice
Pour conduire sa volonté !

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