Sonnet, pour SAR. Mademoiselle d’Alençon

Sonnet, pour SAR. Mademoiselle d'Alençon

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Sonnet, pour SAR. Mademoiselle d’Alençon.


1666.

Ne serons-nous jamais affranchis des alarmes?
Six étés n’ont pas vu la paix dans ces climats,
Et déjà le démon qui préside aux combats
Recommence à forger l’instrument de nos larmes !
Opposez-vous, Olympe, à la fureur des armes* ;

Faites parler l’Amour**, et ne permettez pas
Qu’on décide sans lui du sort de tant d’états ;
Souffrez que votre hymen interpose ses charmes .

C’est le plus digne prix dont on puisse acheter
Ce bien qui ne sauroit aux mortels trop coûter :
Je sais qu’il nous faudra vous perdre en récompense.

Un souverain bonheur pour l’empire françois,
Ce seroit cette paix avec votre présence :
Mais le ciel ne fait pas tous ses dons à-la-fois.

* Isabelle ou Elisabeth d’Orléans, dite mademoiselle d’Alençon, étoit fille de Gaston de France, duc d’Orléans, oncle de Louis XIV, et de Marguerite  de Lorraine de Vaudemont : elle naquit le 26 décembre 1646, et épousa Joseph-Louis de Lorraine, duc de Guise, le 15 juin 1667, dans la chapelle de Saint-Germain-en-Laye, et en présence de la reine et de Louis XIV, qui partit le lendemain pour l’armée, afin de faire la conquête du Brabant. La duchesse d’Alençon étant devenue veuve, et ayant perdu, le 16 mars 1675, son fils unique âgé de cinq ans, fit bâtir un palais à Alençon, et s’y retira en 1676. Elle réunit près d’elle une petite cour, qui fut le centre de quelques intrigues. Les instigations du jésuite La Rue la portèrent à quelques persécutions contre les protestants, qui étaient nombreux dans la ville d’Alençon. Cependant elle y fit beaucoup de bien, dota les hôpitaux, et fut surnommée ]a mère des pauvres. Elle mourut à Versailles le 17 mars 1696. Louis XIV l’alla voir plusieurs fois pendant sa maladie, et versa des larmes lorsqu’il la vit à toute extrémité. D’après sa volonté, elle fut enterrée aux Grandes Carmélites. Trois oraisons funèbres ont été prononcées après sa mort; toutes trois ont été imprimées.

(Œuvres complètes de La Fontaine, par M. Louis Moland, Garnier frères (Paris) 1872-1876)

Image : Par atelier de Charles Beaubrun — photo.rmn.fr,

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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