Sonnet pour Mademoiselle de Poussay

Sonnet pour Mademoiselle de Poussay

0 127

Mlle de Poussay*.


1667.

J’avois brisé les fers d’Aminte et de Sylvie ;
J’étois libre, et vivois content et sans amour:

L’innocente beauté des jardins et du jour
Alloit faire à jamais le charme de ma vie,
Quand du milieu d’un cloître Amarante est sortie.

Que de grâces, bons dieux ! tout rit dans Luxembourg
La jeune Olympe voit maintenant à sa cour
Celle que tout Paphos en ces lieux a suivie.

Sur ce nouvel objet chacun porte les yeux :
Mais, en considérant cet ouvrage des cieux,
Je ne sais quelle crainte en mon cœur se réveille.

Quoi qu’Amour toutefois veuille ordonner de moi,
Il est beau de mourir des coups d’une merveille
Dont un regard feroit la fortune d’un roi.

 

 Imprimé pour la première fois dans les Fables nouvelles et autres poésies1671. p. 115 ; inséré dans les OEuvres diverses, édit. de 1729, t. I, p. 57.

*. Mlle de Poussé ou de Poussay brilla un instant sur la scène de la cour. Sa mère était dame d’honneur de la duchesse de Guise, ou duchesse d’Alençon, à qui le sonnet précédent est adressé. Mlle de Guise craignit que son frère le duc de Guise ne devînt amoureux de Mlle de Poussay, et la contraignit, ainsi que sa mère, d’aller demeurer au Luxembourg, chez la duchesse douairière d’Orléans,
Voici ce que Walkenaer dit de cette demoiselle de Poussé ou de Poussay, à laquelle le second sonnet est adressé:
« La marquise de Poussé fit sortir du couvent sa fille, Mlle de Poussé, nièce de Ragiver de Poussé, curé de Saint-Sulpice, qui était destinée à être religieuse; on la mena avec elle à la cour: alors une nouvelle beauté y devenait sur-le-champ l’objet de l’attention générale. Mlle de Poussé eut aussitôt ses partisans et ses détracteurs- Mlle de Montpensier avertit un jour le roi, qui ne l’avait pas vue encore, qu’elle allait passer avec la duchesse de Guise. « Je vous remercie, lui dit le roi, de m’avoir prévenu, « J’aurai soin de m’appuyer contre la muraille ; car on m’a persuadé qu’il me seroit impossible de voir cette surprenante beauté sans m’évanouir. » Cette manière de raillerie, dit Mademoiselle, me fit connoître qu’on lui avoit parlé de cette fille chez La Vallière, chez laquelle Mme de Montespan commençoit à aller. »
Dans la lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sévigné, du 19 mai 1673, elle lui dit: « Votre fils est amoureux comme un perdu de Mlle de Poussay, il n’aspire qu’à être aussi transi que La Fare. »
– La duchesse de Guise, ou duchesse d’Alençon, que La Fontaine a déjà désignée sous le nom d’Olympe dans le sonnet précédent.

(Œuvres complètes de La Fontaine, par M. Louis Moland, Garnier frères (Paris) 1872-1876)

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.