Sonnet contre Colbert

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La Fontaine, un sonnet contre Colbert


1661

Ministre avare et lâche, esclave malheureux,
Qui gémis sous le faix des affaires publiques ;
Victime dévouée aux chagrins politiques,

Fantôme révéré sous un titre onéreux :
Vois combien des grandeurs le comble est dangereux;
Contemple de Fouquet les funestes reliques,

Et pendant qu’à sa perte en secret tu t’appliques,
Crains qu’on ne te prépare un destin plus affreux.
Ce sont là les revers de l’ingrate Fortune;
Sa perte, quelque jour, te peut être commune;
Nul ne tombe innocent d’où je te vois monté :

Garde donc d’attirer ton prince à son supplice,
Et, prêt d’avoir besoin de toute sa bonté,
Ne lui fais point user de toute sa justice.

Notes de Paul Lacroix :

Jean-Baptiste Colbert
Jean-Baptiste Colbert

Ce sonnet célèbre, dont on trouve une ancienne copie dans les mss. de Trallage, a été attribué à Hesnaut, fameux par sa traduction de l’éxode du poème de Lucrèce et par son sonnet de l’Avorton. Brossette nous a consigné le fait dans une note de son commentaire sur la 9e satire de Boileau : ” M. Despréaux le trouvoit assez boa poète et disoit que sa meilleure pièce, non pas par le sujet, mais par la composition, étoit un sonnet contre M. Colbert, qui commençoit par ce vers : Ministre avare et lâche, esclave malheureux, M. Colbert fit là-dessus une action pleine de grandeur. On lui parla de ce sonnet; il demanda s’il n’y avoit rien contre le roi. On lui dit que non : Cela étant, répondit-il, je n’en veux point de mal à l’auteur. » Mais il est beaucoup plus probable que ce sonnet est de La Fontaine et que ce fut la cause du ressentiment que Colbert ne manqua pas de lui témoigner en différentes circonstances, ” Colbert, dit Walckenaer (Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, p. 323 de la 3e édit.), qui n’avait jamais pu oublier que La Fontaine était l’ami et le panégyriste de Fouquet, ne l’avait point compris au nombre des gens de lettres auxquels il fit distribuer, de la part du roi, des gratifications et des pensions. » Au reste, la plupart des vers satiriques qui circulèrent manuscrits contre Colbert, pendant le procès de Fouquet, furent attribués à La Fontaine, et celui-ci ne s’en défendait pas.

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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