Ressentiment de Colbert contre La Fontaine

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La Fontaine, seul exclu des faveurs du roi


Jean-Baptiste Colbert
Jean-Baptiste Colbert

Sur la proposition de Colbert, Louis XIV accorde à Racine et à Despréaux mille écus de pension pour écrire l’histoire de son règne. Un poète immortel fut seul laissé en dehors de cette munificence royale qui s’étendait jusque sur Chapelle et sur mademoiselle de Scudéri. Mais Jean de La Fontaine, qui fit les délices de son siècle et qui charmera toutes les races futures par la plus aimable sagesse comme par la plus exquise poésie, Jean de La Fontaine avait plaint la disgrâce de Fouquet.
Lorsque le divin Molière, retenu par les largesses de Louis XIV, eut fixé son théâtre à Paris, lorsque Racine eut illustré notre scène tragique par ses premiers ouvrages, il se forma entre eux, La Fontaine, Despréaux et Chapelle, une amitié fort étroite, fondée sur l’estime qu’ils avaient tous réciproquement pour leur caractère et pour leur talent. Ce fut alors que Despréaux, pour qu’ils puisent se voir plus librement et sans crainte des fâcheux, loua au faubourg Saint-Germain (rue du Vieux-Colombier) un petit appartement où se rassemblaient, deux ou trois fois par semaine, pour souper ensemble et se communiquer leurs œuvres, ces grands hommes qui feront à jamais la gloire du génie humain. Dans ces réunions, La Fontaine, seul exclu des faveurs du roi, était quelquefois l’objet des plaisanteries de Racine et de Despréaux. Ceux-ci lui rappelaient, en riant, qu’il n’avait pas été jugé digne d’être porté sur l’état des pensions. C’est à ce sujet que Molière s’écria un jour :

— Ils ont beau se trémousser, ils n’éffaceront jamais le bonhomme !

Il ne faut pas s’étonner que l’illustre fabuliste, qui avait été protégé par le surintendant, lui ait donné des regrets; mais il est déplorable que le sentiment sacré de la reconnaissance n’ait pu lui servir de justification auprès d’un ministre tel que Colbert. C’est que les plus grands et les plus beaux génies tiennent toujours à l’humanité par quelque endroit.

(Histoire de Colbert, par Alfred de Serviez, Debécourt, 1842)
Illustrations : (Versailles: ancien et moderne, Alexandre comte de LabordeImpr. Schneider et Langrand, 1841.)

« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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