Réponse d’une dame à un songe de son amant

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Réponse d’une dame à un songe de son amant


Tenir entre ses bras sa belle toute nue,
De sa seule pudeur à regret défendue,
Et perdre en vains respects ce précieux moment,
C’est rêver, je l’avoue, et bien profondément,
Que d’avoir tant de retenue.
Il faut être en amour un peu plus hasardeux.
Si la belle revient en pareil équipage,
Moins de respect, plus de courage :
Vous ne serez jamais heureux,
Si vous êtes toujours si sage.
Il est de certains temps où, maître à votre tour,

Vous pouvez sans scrupule exercer votre empire.
En ces occasions notre honneur a beau dire,
Un brave homme n’en doit croire que son amour.
Ne me vantez donc plus le pouvoir de mes charmes ;
L’accueil dont vous avez régalé mes attraits,
De tout ce que j’ai cru sur la foi de vos larmes Me désabuse pour jamais.
Dans ce songe discret leur faiblesse se montre ;
Et leur mérite, hélas ! me doit être suspect,
Puisque vous m’apprenez qu’en pareille rencontre
Ils m’inspirent que du respect.

 

– Cette pièce se trouve aussi attribuée à Pavillon, dans l’édition des œuvres de ce poète, de 1720, in-12, p. 84, et dans celle de 1752, t. II, p. 134. Dès l’année 1715, on l’avait imprimée comme étant de La Fontaine.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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