Relations de La Fontaine avec Mme Colletet

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Relations de La Fontaine avec Mme Colletet


Pour bien faire connaître quelle fut, de 1659 à 1661, la vie de la Fontaine, il y a quelques souvenirs encore à recueillir de cette époque, avant de prendre congé des prospérités de Vaux. Parmi ceux que nous ne devons pas omettre, nous trouvons une tendre liaison et une rupture originale avec a femme de Guillaume Colletet. Servante d’abord du poète académicien, et la troisième que de cette humble condition l’avait fait passer au rang de son épouse, la belle Claudine avait séduit la Fontaine par ses jolis vers, plus encore par sa jolie figure. Nous avons de lui un sonnet et un madrigal fort galants sur le portrait de Mlle Colletet, peint par Sève, un autre madrigal où il trouve à ses productions poétiques un prix que rien ne surpasse. Il y a quelque ressemblance entre sa plaisante erreur et celle du Damis de la Métromanie.
Lorsqu’il trouvait si adorable l’auteur de ces vers charmants, c’était (comment ne s’en doutait-il pas ?) à l’esprit du mari que s’adressaient ses adorations. Celui-ci mourut le 11 février 1659. Il avait eu la prévoyance délicate de préparer, avant de mourir, une explication poétique du silence que désormais sa femme serait forcée de garder. Il lui laissait des vers dans lesquels il se faisait dire par la veuve éplorée :

J’ensevelis mon cœur et ma plume avec vous.

Naturellement la plume ne sortit plus de cette sépulture; les illusions et l’amour de la Fontaine y restèrent aussi. Il ne pouvait plus croire aux vers de Claudine : ce qui peut-être ne l’aurait pas beaucoup refroidi, s’il avait encore beaucoup cru à ses autres attraits. Ce fut alors qu’il chanta la gaie palinodie qui commence par ce vers :

Les oracles ont cessé.

Un de ses amis ayant paru s’étonner qu’il se fût laissé duper, il lui écrivit :
« D’où venez-vous de vous étonner ainsi ? Savez-vous pas bien que pour peu que j’aime, je ne vois dans les défauts des personnes non plus qu’une taupe qui aurait cent pieds de terre sur elle ? Si vous ne vous en êtes aperçu, vous êtes cent fois plus taupe que moi. Dès que j’ai un grain d’amour, je ne manque pas d’y mêler tout ce qu’il y a d’encens dans mon magasin…. Je dis des sottises en vers et en prose, et serais fâché d’en avoir dit une qui ne fût pas solennelle…. Ce qu’il y a, c’est que l’inconstance remet les choses en leur ordre.»

Voilà se peindre soi-même. A de tels aveux surtout la petite comédie de ce désenchantement d’amour doit son intérêt et son sel.

(Henri Régnier)

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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