Paraphrase du psaume XVII

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Paraphrase du psaume XVII


1670

Diligam te, Domine

Où sont ces troupes animées ?
Où sont-ils, ces tiers ennemis ?
Je les ai vaincus et soumis :
Gloire en soit au Dieu des armées !
Par lui je me vois triomphant,
Il me protège, il me défend :
Je n’ai qu’à l’invoquer, comme il n’a qu’à m’entendre.
Que de l’aimer toujours louable est le dessein !
Quelle place en mon cœur ne doit-il point prétendre,
Après m’avoir offert un asile en son sein ?

De leur triste et sombre demeure
Les démons, esprits malheureux,
Venaient d’un poison dangereux
Menacer mes jours à toute heure.
Ils entraient jusqu’en mes sujets,
Jusqu’en mon fils, dont les projets
Me font encor frémir de leur cruelle envie ;
Jusqu’en moi-même enfin, par un secret effort ;
Et mon esprit, troublé des horreurs de ma vie,
M’a plus causé de maux que l’enfer ni la mort.

Les méchants, enflés de leurs ligues,
Contre moi couraient irrités,
Comme torrents précipités
Dont les eaux emportent les digues ;
Lorsque Dieu, touché de mes pleurs,
De mes soupirs, de mes douleurs,
Arrêta cette troupe à me perdre obstinée.
Ma prière parvint aux temples étoilés,
Parut devant sa face, et fut entérinée
D’un mot qui fit trembler les citoyens ailés.
Tout frémit : sa voix, qui balance
Les rochers sur leurs fondements,
Alla troubler des monuments
Le profond et morne silence.
Que d’éclairs, sortant de ses yeux,
Et sur la terre et dans les cieux
Firent étinceler le feu de sa colère !
Que son front en brillait ! qu’il en fut allumé !
Et qu’avecque raison l’un et l’autre hémisphère
Craignit devant les temps d’en être consumé !

N’approche pas ; car notre vue
Ne peut souffrir tant de rayons
Sans te voir, Seigneur, nous croyons
Que ta présence en est pourvue.
Quoi ! tu viens pour tes alliés !
Les cieux s’abaissent sous tes pieds ;
Les vents, les Chérubins, te portent sur leurs ailes
Et ce nuage épais qui couvre ta grandeur
Veut rendre supportable à nos faibles prunelles
De ton trône enflammé l’éclatante splendeur.
Tel, tu trompas la gent noircie
Dont le Nil arrose les champs,
Quand la foule de ces méchants
Fut par les vagues éclaircie ;
Tel, ton courroux suivi d’éclairs
Fondit sur eux du haut des airs,
Envoya dans leur camp la terreur et la foudre,
Frappa leur appareil d’orages redoublés,
Le brisa comme verre, et fit mordre la poudre
Aux tyrans d’Israël sous leurs chars accablés.

Que les tiens ont de privilèges !
La mer fit rempart aux Hébreux,
Noyant les peuples ténébreux
De l’ost aux têtes sacrilèges.
On vit et furent découverts
Les fondements de l’Univers,
Du liquide élément les canaux et les sources,
Le centre de la terre ; et l’enfer, obligé
D’abandonner ces chars à leurs aveugles courses,
Dans ses murs de métal craignit d’être assiégé.

Ainsi les torrents de l’envie
Croyaient m’arrêter en chemin,
Quand tu m’as conduit par la main
En des lieux plus sûrs pour ma vie.
Ainsi montraient leurs cœurs félons
Les Saüls et les Absalons,
Quand tu les as soumis à celui qui t’adore,
Qui pèche quelquefois, mais se repent toujours,
Et qui, pour te louer, n’attend pas que l’aurore
Se lève par ton ordre, et commence les jours.

Oui, Seigneur, ta bonté divine
Est toujours présente à mes yeux,
Soit que la nuit couvre les cieux,
Soit que le jour nous illumine :
Je ne sens d’amour que pour toi ;
Je crains ton nom, je suis ta loi,
Ta loi pure et contraire aux lois des infidèles ;
Je fuis des voluptés le charme décevant,
M’éloigne des méchants, prends les bons pour modèles,
Sachant qu’on devient tel que ceux qu’on voit souvent.

Non que je veuille en tirer gloire
Par toi l’humble acquiert du renom,
Et peut des temps et de ton nom
Pénétrer l’ombre la plus noire.
A leurs erreurs par toi rendus,
Sages et forts sont confondus,
S’ils n’ont mis à tes pieds leur force et leur sagesse.
Ce que j’en puis avoir, je le sais rapporter
Au don que m’en a fait ton immense largesse,
Par qui je vois le mal, et peux lui résister.

Par toi je vaincrai des obstacles
Dont d’autres rois sont arrêtés ;
Plus tard offerts que surmontés,
Ils me seront jeux et spectacles.
Par toi j’ai déjà des mutins
Dont les cœurs étaient si hautains,
Évité comme un cerf les dents pleines d’envie ;
Puis, retournant sur eux, frappé d’un bras d’airain
Ceux qui, d’un œil cruel envisageant ma vie,
Voyaient d’un œil jaloux mon pouvoir souverain.

Qu’ils soient jaloux, il ne m’importe
D’entre leurs pièges échappés,
J’ai des rebelles dissipés
L’union peu juste et peu forte.
Par mon bras vaincus et réduits,
Un Dieu vengeur les a conduits
Aux châtiments gardés pour les têtes impies
Leurs desseins tôt conçus se sont tôt avortés ;
Et n’ont beaucoup duré leurs sacrilèges vies
Après les vains projets qu’ils avaient concertés.

Cette hydre aux têtes renaissantes,
Prête à mourir de son poison,
A vers le ciel hors de saison
Poussé des clameurs impuissantes ;
Ni Bélial, ni ses suppôts,
N’ont su l’assurer du repos.
Aussi n’est-il de dieu que le Dieu que j’adore,
Que le Dieu qui commande à l’une et l’autre gent,
Depuis les peuples noirs jusqu’à ceux que l’aurore
Éveille les derniers par son cours diligent.

C’est lui qui par des soins propices
Au combat enseigne mes mains,
Qui pour mes pieds fait des chemins
Sur le penchant des précipices ;
C’est lui qui comble avec honneur
Mes jours de gloire et de bonheur,
Mon âme de vertus, mon esprit de lumières ;
Il me dicte ses lois, me les fait observer :
Jusqu’aux derniers secrets de leurs beautés premières
Ses oracles divins ont daigné m’élever.

Dès qu’il m’aura prêté sa foudre,
Les méchants pour lui sans respect
S’écarteront à mon aspect,
Comme au vent s’écarte la poudre.
Pour fuir ils n’auront qu’à me voir
Déjà mon nom et mon pouvoir
Sont connus des voisins du Gange et de l’Euphrate ;
Israël, redouté de cent peuples divers,
Me craint et m’obéit ; et, sans que l’on me flatte,
On me peut appeler le chef de l’Univers.

Rendons-en des grâces publiques
Au Dieu jaloux de son renom ;
Faisons-en l’honneur de son nom
Retentir l’air par nos cantiques.
Que ses bienfaits soient étalés
Peuples voisins et reculés,
Jusqu’aux voûtes du ciel portez-en les nouvelles ;
Dites qu’il est un Dieu qui répond à mes vœux
Et que, m’ayant comblé de grâces immortelles,
Il en réserve encor pour mes derniers neveux.

Notes de Charles Athanase Walckenaer :

– La Fontaine composa cette pièce sur la demande du comte de Brienne, afin de l’insérer dans le Recueil de poésies chrétiennes et diverses qui avait été composé par ce dernier, mais qui parut en 1671 sous le nom de notre  poète. Voyez l’Histoire de la vie et des outrages de La Fontaine.

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •  

On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.