Ode au Roi

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Ode au Roi, pour M. Fouquet


1663

– La rigueur avec laquelle ou traitait Fouquet dans sa prison fil comprendre à ses amis qu’on ne pouvait espérer pour lui de pardon du roi et qu’on serait trop heureux si l’on parvenait à sauver ses jours,  c’est dans cet esprit que cette ode fut composée ; mais on verra ci-après, par une lettre de la Fontaine à Fouquet, que celui-ci n’en était pas satisfait, parce que sa grande âme se révoltait à la seule idée d’avouer qu’il était coupable, et de demander pour lui la conservation de sa vie comme une grâce.(Walckenaer)

Prince qui fais nos destinées,
Digne monarque des François,
Qui du Rhin jusqu’aux Pyrénées
Portes la crainte de tes lois,
Si le repentir de l’offense
Sert aux coupables de défense
Près d’un courage généreux,
Permets qu’Apollon t’importune,
Non pour les biens et la fortune,
Mais pour les jours d’un malheureux.

Ce triste objet de ta colère
N’a-t-il point encore effacé
Ce qui jadis t’a pu déplaire
Aux emplois où tu l’as placé ?
Depuis le moment qu’il soupire,
Deux fois l’hiver en ton empire
A ramené les aquilons ;
Et nos climats ont vu l’année
Deux fois de pampre couronné
Enrichir coteaux et vallons.

Oronte seul, ta créature,
Languit dans un profond ennui ;
Et les bienfaits de la nature
Ne se répandent plus pour lui.
Tu peux d’un éclat de ta foudre
Achever de le mettre en poudre
Mais si les dieux à ton pouvoir
Aucunes bornes n’ont prescrites,
Moins ta grandeur a de limites,
Plus ton courroux en doit avoir.

Réserve-le pour des rebelles ;
Ou, si ton peuple t’est soumis,
Fais-en voler les étincelles
Chez tes superbes ennemis.
Déjà Vienne est irritée
De ta gloire aux astres montée*
Ses monarques en sont jaloux ;
Et Rome t’ouvre une carrière
Où ton cœur trouvera matière
D’exercer ce noble courroux**.

Va-t’en punir l’orgueil du Tibre ;
Qu’il se souvienne que ses lois
N’ont jadis rien laissé de libre
Que le courage des Gaulois.
Mais parmi nous sois débonnaire ;
A cet empire si sévère
Tu ne te peux accoutumer,
Et ce serait trop te contraindre
Les étrangers te doivent craindre ;
Tes sujets te veulent aimer.

L’Amour est fils de la Clémence ;
La Clémence est fille des dieux
Sans elle toute leur puissance
Ne serait qu’un titre odieux.
Parmi les fruits de la victoire,
César, environné de gloire,
N’en trouva point dont la douceur
A celui-ci pût être égale ;
Non pas même aux champs où Pharsale
L’honora du nom de vainqueur.

Je ne veux pas te mettre en compte
Le zèle ardent ni les travaux
En quoi tu te souviens qu’Oronte
Ne cédait point à ses rivaux.
Sa passion pour ta personne,
Pour ta grandeur, pour ta couronne,
Quand le besoin s’est vu pressant,
A toujours été remarquable ;
Mais, si tu crois qu’il est coupable,
Il ne veut point être innocent.

Laisse-lui donc pour toute grâce
Un bien qui ne lui peut durer,
Après avoir perdu la place
Que ton cœur lui fit espérer.
Accorde-nous les faibles restes
De ses jours tristes et funestes,
Jours qui se passent en soupirs.
Ainsi les tiens filés de soie
Puissent se voir comblés de joie,
Même au-delà de tes désirs !

Notes de Walckenaer :

Nicolas Fouquet
Nicolas Fouquet

* Le traité entre la France, l’Angleterre et la Hollande, dans le dessein d’abaisser la maison d’Autriche, fut conclu à la fin de l’année 1662.

** Le duc de Créqui, ambassadeur de France, fut insulté par les gardes du corps du pape, le 20 août 1662. Louis XIV se saisit d’Avignon et força le

saint-père à lui envoyer son neveu le cardinal Chigi pour lui faire des excuses, à bannir les gardes du corps à perpétuité, et à élever à Rome, vis-à-vis de leur ancien corps de garde, une pyramide, avec une inscription qui contenait les articles de la satisfaction exigée. Voyez la relation de tout ce qui se passa entre le pape Alexandre VII et le roi de France, au sujet de l’insulte que les papelins firent au duc de Créqui l’an 1662, dans l’ouvrage Intitulé : L’Origine des cardinaux du Saint-Siège ; Cologne, 1670, ln-12, p. 295 à 437.

Walckenaer

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« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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