Ode. A Mme La Surintendante

Ode. A Mme La Surintendante

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A Mme La Surintendante


Ode anacréontique,
Sur ce qu’elle est accouchée avant terme, dans le carrosse, en revenant de Toulouse.

1658

Puis-je ramentevoir l’accident plein d’ennui
Dont le bruit en nos cœurs mit tant d’inquiétudes ?
Aurai-je bonne grâce à blâmer aujourd’hui
Carrosses en relais, chirurgiens un peu rudes ?
Falloit-il que votre œuvre imparfait fût laissé ?
Ne le deviez-vous pas rapporter de Toulouse ?
A quoi songeoit l’Amour qui l’avoit commencé,
Et sont-ce là des traits de véritable épouse ?

Ne quittant qu’avec peine un mari par trop cher,
Et le voyant partir pour un si long voyage,
Vous le voulûtes suivre, il ne put l’empêcher;
De vos chastes amours vous lui dûtes ce gage.

Dites-nous s’il devoit être fille ou garçon,
Et si c’est d’un Amour, ou si c’est d’une Grâce
Que vous avez perdu l’étoffe et la façon,
A quelque autre poupon laissant libre la place ?

Pour tons les fruits d’hymen qui sont sur le métier,
Carrosses en relais sont méchante voiture.
Votre poupon, au moins, devoit avoir quartier :
Il étoit digne, hélas ! de plus douce aventure.

Vous l’auriez achevé sans qu’il n’y manquât rien,
De Grâces et d’Amours étant bonne ouvrière.
Dieu ne l’a pas voulu, peut-être pour un bien ;
Aux dépens de nos cœurs il eût vu la lumière.

Olympe, assurément vous auriez mis au jour
Quelque sujet charmant et peut-être insensible.
Votre sexe ou le nôtre en seroit mort d’amour :
Mais nous ne gagnons rien ; c’est un sort infaillible.

Ce miracle ébauché laisse ici frère et sœurs.
Chez vous, mâle et femelle il en est une bande :
Un seul étant perdu ne nous rend point nos cœurs ;
De ceux qui sont restés la part sera plus grande.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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