Pour Mlle Colletet sur son portrait peint par Sève

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Mlle Colletet et son portrait peint par Sève


1658

Sève, qui peins l’objet dont mon cœur suit la loi,
Son pouvoir sans ton art assez loin peut s’étendre;
Laisse en paix l’univers; ne lui va point apprendre
Ce qu’il faut ignorer, si l’on veut être à soi.

Aussi bien manque-t-il ici je ne sais quoi
Que tu ne peux tracer, ni moi te faire entendre :
J’en conserve les traits, qui n’ont rien que de tendre;
Amour les a formés , plus grand peintre que toi.

Par d’inutiles soins pour moi tu te surpasses;
Clarice est en mon âme avec toutes ses grâces ;
Je m’en fais des tableaux où tu n’as point de part.
Pour me faire sans cesse adorer cette belle,
Il n’étoit pas besoin des efforts de ton art;
Mon cœur, sans ce portrait, se souvient assez d’elle.

 

– La Fontaine a mis en tête, A mademoiselle C., quoique ce sonnet soit adresse à la femme de Colletet, parce qu’on ne donnait aux femmes mariées non nobles que le titre de mademoiselle.
– Quoique ce sonnet soit antérieur, par sa date, aux trois précédents, on a dû le placer ici pour ne pas le séparer des deux madrigaux et des stances composés sur le même sujet.
– Gilbert de Sève, peintre, né à Moulins, mort en 1698, à quatre-vingt-trois ans, a fait quelques tableaux pour les églises de Paris et de Versailles.

… Claudine était blonde et fort jolie, mais assez sotte. Colletet entreprit pourtant de lui faire une réputation littéraire. Il composait pour elle des vers fronçais, qu’elle récitait à table avec assez d’agrément, et dont on la croyait l’auteur; un assez grand nombre ont été imprimés sous son nom dans les recueils du temps ou dans les ouvrages de son mari. Beaucoup de beaux esprits furent alors dupes de cette ruse; et, charmés de la figure de la belle Claudine, plus encore que de ses vers, ils s’empressèrent de la célébrer. L’abbé de Marolles, dans ses mémoires, met au nombre des meilleurs poètes de cette époque l’illustre Claudine de M. Colletet. »…

(Charles Athanase Walckenaer)

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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