Le Loup et le Renard, fable de La Fontaine

Le Loup et le Renard

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D’où vient que personne en la vie
N’est satisfait de son état ?
Tel voudrait bien être soldat
A qui le soldat porte envie.
Certain Renard voulut, dit-on,
Se faire Loup. Hé qui peut dire
Que pour le métier de Mouton
Jamais aucun Loup ne soupire ?
Ce qui m’étonne est qu’à huit ans
Un Prince en fable ait mis la chose,
Pendant que sous mes cheveux blancs
Je fabrique à force de temps
Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés
Ne sont en l’ouvrage du poète
Ni tous, ni si bien exprimés.
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette
C’est mon talent ; mais je m’attends
Que mon Héros, dans peu de temps
Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas un grand prophète,
Cependant je lis dans les cieux
Que bientôt ses faits glorieux
Demanderont plusieurs Homères ;
Et ce temps-ci n’en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères,
Essayons de conter la fable avec succès.
Le Renard dit au Loup : Notre cher, pour tous mets
J’ai souvent un vieux Coq, ou de maigres Poulets ;
C’est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard.
J’approche des maisons, tu te tiens à l’écart.
Apprends-moi ton métier, Camarade, de grâce:
Rends-moi le premier de ma race
Qui fournisse son croc de quelque Mouton gras,
Tu ne me mettras point au nombre des ingrats.
Je le veux, dit le Loup : il m’est mort un mien frère ;
Allons prendre sa peau, tu t’en revêtiras.
Il vint, et le Loup dit : Voici comme il faut faire,
Si tu veux écarter les Matins du Troupeau.
Le Renard, ayant mis la peau,
Répétait les leçons que lui donnait son maître.
D’abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien,
Puis enfin il n’y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu’il pouvait l’être,
Qu’un Troupeau s’approcha. Le nouveau Loup y court
Et répand la terreur dans les lieux d’alentour.
Tel vêtu des armes d’Achille
Patrocle mit l’alarme au camp et dans la ville.
Mères, brus et vieillards au temple couraient tous .
L’ost au Peuple bêlant crut voir cinquante Loups.
Chien, Berger et Troupeau, tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une Brebis pour gage.
Le larron s’en saisit. A quelque pas de là,
Il entendit chanter un Coq du voisinage.
Le Disciple aussitôt droit au Coq s’en alla,
Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les Brebis, les leçons, le Régent,
Et courant d’un pas diligent.
Que sert-il qu’on se contrefasse ?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L’on reprend sa première trace
A la première occasion.
De votre esprit, que nul autre n’égale
Prince, ma Muse tient tout entier ce projet.
Vous m’avez donné le sujet
Le dialogue, et la morale.

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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