L’Huître et les Plaideurs, par Despréaux

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L’Huître et les Plaideurs


Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux, né le 1 novembre 1636 à Paris et mort à Paris 13 mars 1711, il fut l’ami de Molière, de Furetière, de La Fontaine et de Racine.


Voir : L’Huître, Boileau et La fontaine

 

le-rat-et-l-huitre-jjgrandvilleLa Fontaine et Despréaux ont également traité ce sujet. La fable de Despréaux date de 1669, et celle de La Fontaine de 1671 ; mais celle de La Fontaine, quoique composée la dernière, a été publiée la première. Elle a paru en 1671, avec sept autres fables ; plusieurs années, par conséquent, avant de figurer au second recueil de fables, qui fut publié en 1678. La fable de Despréaux n’a paru qu’en 1672, avec l’épître deuxième, dédiée à l’abbé des Roches (1). Elle a été écrite en même temps que l’épître première, dans laquelle elle devait figurer comme épisode.

 

Un jour, dit un autour, n’importe en quoi chapitre,
Deux voyageurs à jeun, rencontrèrent une huître ;
Tous deux la contestaient, lorsque dans leur chemin,
La Justice passa, la balance à la main.
Devant elle, à grand bruit, ils expliquent, la chose.
Tous deux avec dépens veulent gagner leur cause.
La Justice, pesant ce droit litigieux,
Demande l’huître, l’ouvre et l’avale à leurs veux,
Et par ce bel arrêt terminant la bataille :
Tenez, voilà, dit-elle, à chacun une écaille.
Des sottises d’autrui nous vivons au Palais ;
Messieurs, l’huître était bonne, adieu ! Vivez en paix.

(1) Boileau a toujours soutenu que sa fable était la première en date. Cependant, on lit dans la fable des frelons et des mouches à miel, parue en 1668, dans le livre I, fable 21 :

…. on nous mange,on nous gruge,
on nous ruine par des longueurs,
on fait tant, à la fin, que l’huître est pour le juge,
les écailles pour les plaideurs.
Nos deux auteurs

L’Huître et les Plaideurs de La Fontaine :

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent
Une huître, que le flot y venait d’apporter:
Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;
A l’égard de la dent il fallut contester.
L’un se baissait déjà pour amasser la proie;
L’autre le pousse et dit:” Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l’apercevoir
En sera le gobeur; l’autre le verra faire.
– Si par là l’on juge l’affaire,
Reprit son compagnon, j’ai l’œil bon, Dieu merci.
– Je ne l’ai pas mauvais aussi,
Dit l’autre; et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.
-Eh bien, vous l’avez vue; et moi, je l’ai sentie.”
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive: ils le prennent pour juge.
Perrin, fort gravement, ouvre l’huître et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d’un ton de président:
“Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens, et qu’en paix chacun chez soi s’en aille.”

Mettez ce qu’il en coûte à plaider aujourd’hui;
Comptez ce qu’il en reste à beaucoup de familles,
Vous verrez que Perrin tire l’argent à lui,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

Extraits du « La Fontaine et Boileau sur le terrain de la fable » par Edmond Cuvelier. 1906.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

2 commentaires
  1. Noémie dit

    Je n’avais de doute, mais là je suis fixé, il n’est pas à la hauteur notre ami Boileau!
    Non rien à faire il est distancé, trop loin pour revenir diraient les turfistes !!!!!!
    Bravo La Fontaine!
    Pour les concepteurs du blog bravo aussi beau travail. Merci

    1. LaFontaine
      LaFontaine dit

      Merci beaucoup. Pour Boileau sûr qu’il est trop loin. Bonne soirée.

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