L’Huître et les Plaideurs, fable La Fontaine

L'Huître et les Plaideurs

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Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent
Une huître, que le flot y venait d’apporter:
Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;
A l’égard de la dent il fallut contester.
L’un se baissait déjà pour amasser la proie;
L’autre le pousse et dit:” Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l’apercevoir
En sera le gobeur; l’autre le verra faire.
– Si par là l’on juge l’affaire,
Reprit son compagnon, j’ai l’œil bon, Dieu merci.
– Je ne l’ai pas mauvais aussi,
Dit l’autre; et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.
-Eh bien, vous l’avez vue; et moi, je l’ai sentie.”
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive: ils le prennent pour juge.
Perrin, fort gravement, ouvre l’huître et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d’un ton de président:
“Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens, et qu’en paix chacun chez soi s’en aille.”

Mettez ce qu’il en coûte à plaider aujourd’hui;
Comptez ce qu’il en reste à beaucoup de familles,
Vous verrez que Perrin tire l’argent à lui,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

  1.  L’Huître et les Plaideurs, par Despréaux
  2. L’Huître, Boileau et La fontaine

Explications de Louis Moland :

Amasser. L’Académie française, dans la seconde édition de son dictionnaire, définit de la manière suivante le verbe amasser : « Relever de terre ce qui est tombé. Amasser ses gants, amasser un papier. » Aujourd’hui le mot propre dans ces phrases serait ramasser. La langue a varié.
George Dandin. La comédie de Racine, les Plaideurs, avait été jouée en 1668. C’est là que La Fontaine huitre_et_plaideurs_walckenaer_ed_1821avait trouvé ce nom devenu synonyme de juge ridicule. Molière fit jouer George Dandin en 1668. Mais, antérieurement à Racine, à Molière, à La Fontaine, ce personnage existe dans Rabelais, avec un rôle tout opposé à celui que Racine et La Fontaine lui donnent, le rôle d’appointeur de procès, d’arbitre et de conciliateur : « Perrin Dendin !… juge ne fust, mais homme de bien…, dit Rabelais. Il eust pu mettre paix ou trêves pour le moins entre le grand roy et les Vénitiens, entre l’empereur et les Suisses, entre les Anglois et les Écossois….. » Voyez liv. III, ch. XLI.
On lit dans le Trésor de la langue françoise de Nicot ( 1606) : « Dandin est dit de celui qui baye çà et là par sottise et badaudise, sans avoir contenance arrestée : ineptus, insipidus; et dandiner, user de telle badaudise, ineptire. »
Il faut remarquer qu’avant d’en faire un nom propre, Rabelais emploie le mot dendin comme terme injurieux; il figure notamment dans la kyrielle d’injures que débitent les fouacîers de Lerné aux bergers de Gargantua (liv. I, ch. XXV) : « Malotrus, dendins, beaugears, etc. »
Quille. Expression proverbiale, pour dire ne leur laisse rien.
Faveur, c’est â toi que j’adresse
Mon procès, mon sac et mes quilles :
Car mes raisons sont inutiles.
Mon bien, ma peine et mon labeur,
Sans ton secours, gente faveur!
Remy Belleau

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On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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