L’Hirondelle, fable de La Fontaine

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icon-angle-double-right Fables et poésies de Jean de La Fontaine

Une Hirondelle inquiète,
Voyant approcher l’hiver,
Pour n’être prise sans vert,
Voulut faire sa retraite.
Elle avertit ses petits
De s’apprêter au voyage.
Mais ils n’en sont pas d’avis.
Pourquoi ce remue-ménage ?
Ma mère, quel vertigo
De changer de domicile!
Nous avons tout à gogo :
Les palais sont notre asile;
Dans les champs et dans la ville.
Est-il un climat plus doux.
Le soleil, dont la lumière
Doit être commune à tous,
Ne luit quasi que pour nous.
Tout nous rit, tout nous prospère.
Ma mère, à quoi songez-vous ?
— Ah ! jeunesse sans cervelle,
Née ici de ce printemps,
N’avez-vous point vu, dit-elle,
D’autres lieux ni d’autres temps?
Ce n’est pas toujours de même.
Bientôt l’Hiver au teint blême
Va rendre l’air sans chaleur,
La campagne sans verdure :
Où trouver, dans sa rigueur,
Abri contre la froidure ?
Où trouver, dans ce malheur,
Ver ou mouche pour pâture ?
Prévenons-en le danger,
Avant que l’air de la France,
Si sujet a l’inconstance,
Ait eu le temps de changer.
Son séjour en vain nous flatte.
L’espèce dont on nous voit
Est un peu trop délicate
Pour attendre ici le froid.
Faut-il qu’on vous réitère
Que le climat qui vous plaît,
Pour les Hirondelles n’est
Qu’une terre passagère ?
Du pays chaud habitants,
Nous en sortons au printemps
Pour venir dans ce rivage
Établir notre ménage.
Mon dessein est accompli,
Mon ménage est établi ;
J’ai pris mon temps, de manière
Que tout m’a bien réussi.
Grâce à mes soins, vous voici
Aussi drus que père et mère.
Que me reste-t-il à faire,
Sinon de mettre à couvert,
Dans une terre éloignée
Des insultes de l’hiver,
Et moi-même et ma lignée ?»

1. Cette fable se trouve, sans nom d’auteur, dans des Mélanges poétiques, recueil manuscrit de différentes mains et de différentes époques (n° 150 bis, B. L. F., Bibl. de l’Arsenal); mais nous avons cru y reconnaître une de ces copies autographes que La Fontaine distribuait à ses amis. Les manuscrite de Trallage nous ont fourni une autre copie de cette fable allégorique, accompagnée d’une note qui nous en donne la clef ; « Sur M. Pelletier, contrôleur général des finances, etc. 1689. » (L’Hirondelle, fable de La Fontaine)

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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