Les Deux Taureaux et une Grenouille

Les Deux Taureaux et une Grenouille

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Deux Taureaux combattaient à qui posséderait
Une Génisse avec l’empire.
Une Grenouille en soupirait.
“Qu’avez-vous ?”se mit à lui dire
Quelqu’un du peuple croassant.
Et ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle
Sera l’exil de l’un ; que l’autre, le chassant,
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne régnera plus sur l’herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux,
Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l’une, et puis l’autre, il faudra qu’on pâtisse
Du combat qu’a causé Madame la Génisse.
Cette crainte était de bon sens.
L’un des Taureaux en leur demeure
S’alla cacher à leurs dépens :
Il en écrasait vingt par heure.
Hélas! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.

Notes et analyse de Louis Moland :

les-deux-taureaux-et-la-grenouille-jjgrandvilleLes Deux Taureaux et une Grenouille

II y a, dans les éditions publiées par La Fontaine, croassant: mais cette faute doit être rejetée sur le compte de l’imprimeur. Les corbeaux croassent, les grenouilles coassent, Un des derniers commentateurs de notre poète (Nodier) prétend que cette distinction n’était pas connue au siècle de Louis XIV. C’est une erreur : on n’a qu’à consulter le dictionnaire de l’Académie française, publié en 1696, et le dictionnaire de Nicot, imprimé en 1606, et l’on se convaincra que cette distinction est très-ancienne dans notre langue, et que le verbe coasser a toujours été le seul que l’on ait employé pour exprimer le cri des grenouilles. (Walckenaer)

Commentaires de Chamfort

V. 10. Il ne régnera plus, etc. Voici encore un exemple de l’artifice et du naturel avec lequel La Fontaine passe du ton le plus simple à celui de la haute poésie. Avec quelle grâce il revient au style familier, dans les vers suivants.
V. 13…….Il faudra qu’on pâtisse
Du combat qu’a causé madame la génisse.
Madame : mot qui donne de l’importance à la génisse. Ce vers rappelle celui de Virgile Pascitur in magnà silvà formata juvenca. Cette remarque de Chamfort n’a point échappé au C. Sélis dans l’une de ses intéressantes séances.

deux-taureaux-par-david-johannot-adam-etcAnalyses de l’Abbé Guillon

(1) Avec l’empire , du troupeau ou de la prairie. Ce beau choix d’expressions, les peintures qui suivent, offrent ici encore un exemple du naturel avec lequel La Fontaine passe du style le plus simple au ton de la haute poésie. Avec quelle grâce vous l’allez voir bientôt revenir au style familier !
(2) Viendra dans nos marais régner sur les roseaux. Quel empire ! Mais il en faut un à l’orgueilleuse ambition de l’animal. C’est Denys qui, chassé de Syracuse, vient régner à Corinthe dans une école.
(3) Du combat qu’a causé madame la Génisse. Madame , expression ironiquement respectueuse. C’est bien là le ton des petites gens quand ils se lâchent sur le compte des grands. C’est le
Pascitur in magnâ sylvâ formosa juvenca. .
(Virgile , Géorg. L. III. vers 219. )
(4) Les petits ont pâti des sottises des grands. Pensée d’Horace : Quidquid délirant reges plectuntur Achivi.
Ce ne sont point là- les seules imitations que cette fable ait empruntées à la poésie latine; l’auteur en la composant, avait sans doute sons les yeux, ces beaux vers de Virgile, dans sa description du combat des Taureaux :
Victus abit, longèque ignotis exulat oris :
Multa gemens ignominiam plagasque superbi
Victoris, tum quos amisit innltus a mores.
( Géorg. L.III.vers 225, etc. ).

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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