Les descendants de Jean de La Fontaine

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Les descendants de Jean de La Fontaine


On aimera sans doute à trouver ici sur les descendants de la Fontaine quelques détails qui n’ont pas paru devoir être donnés dans la Notice biographique de leur aïeul.
Son fils, Charles de la Fontaine, dont nous avons fait connaître ci-dessus la date de naissance (3o octobre 1653), « a été, dit le P. Niceron  l’héritier de sa pauvreté, sans l’être de ses talents…. On l’a vu, quelque temps, simple commis dans la ville de Troyes. » Ce fut, selon Adry , vers 1700 qu’un emploi dans les Aides lui fut procuré, dans cette ville, par les amis qu’y avait eus son père. A la fin de 1714, il fut nommé greffier du prévôt des maréchaux de France, par lettres patentes datées du 4 décembre. Quelques années avant, à l’âge de cinquante-trois ans, il avait épousé Jeanne-Françoise du Tremblay, dont la famille était a Paris dans la cour des Aides et dans la chambre des Comptes ; elle avait, à Château-Thierry, un frère, Pierre-Louis du Tremblay, conseiller du Roi, receveur des gabelles. Le fils de la Fontaine mourut en 1722, suivant Walckenaer (tome II, p. 204). Nous croyons plutôt que ce fut en 1723. L’acte qui confère à sa veuve la tutelle de ses enfants mineurs est du 18 mai de cette dernière année. Ces enfants étaient Marie-Jeanne-Guillaume, Elisabeth-Louise-Sébastienne, Jeanne-Françoise et Charles-Louis.
Les trois petites-filles de notre poète ne se marièrent pas, sans doute parce qu’elles étaient sans fortune. Elles habitaient, à Château-Thierry, une maison que l’Histoire de Château-Thierry, par l’abbé Poquet (tome II, p. 106), dit avoir été achetée par leur père. Elle doit être cependant la même dont parle ainsi l’aînée, dans une lettre adressée à Fréron le la février 1738 (Année littéraire, 1758, tome II, p. 11) : « Nous restons…. trois sœurs, qui vivons avec notre mère dans la même maison qu’occupait notre grand-père. » Où était située cette maison ? Selon quelques-uns, dans la rue du Château ; selon d’autres (et c’est une tradition que nous avons trouvée à Château-Thierry), dans la rue des Cordeliers, aujourd’hui rue Jean de la Fontaine, en face même de la maison natale du poète, dont elle serait devenue la demeure, après la vente de 1676. Les petites-filles de la Fontaine présentèrent une requête au Roi pour solliciter des lettres de chancellerie qui leur permissent de faire imprimer, pendant quinze années, les Fables et les Œuvres de leur aïeul. Ces lettres leur furent accordées le 29 juin 1761 ; mais plusieurs libraires formèrent, le 14 juillet suivant, opposition à leur enregistrement. Ils furent déboutés de cette opposition par un arrêt que le Roi rendit en son Conseil le 14 septembre 1761. Les deux aînées des filles de Charles de la Fontaine moururent septuagénaires, Tune en 1785, l’autre en 1787. La plus jeune était morte en 1762, à l’âge de quarante-cinq ans.
Charles-Louis de la Fontaine, leur frère, naquit à Château-Thierry, le 23 avril 1718 (et non 1720, comme l’écrivait sa sœur à Fréron dans la I. Voici les actes de leurs inhumations, extraits des registres de Saint-Crépin de Château-Thierry :
« L’an mil sept cent soixante et deux, le vingt-quatre octobre, a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Jeanne-Françoise de la Fontaine, fille majeure de Monsieur de la Fontaine, vivant secrétaire du Roy, et de Jeanne-Françoise Dutramblay, décédée de la veille, âgée de quarante-cinq ans…. »
« L’an mil sept cent quatre-vingt-cinq, le cinq du mois de mai, a été inhumé au cimetière de cette paroisse le corps de Marie-Jeanne-Guillaume de la Fontaine, vivante fille majeure de maître Charles de la Fontaine, avocat en Parlement, et de dame Jeanne-Françoise du Tremblai, tous deux défunts, décédés de la veille, âgée d’environ soixante-dix ans…. »
« L’an mil sept cent, quatre-vingt-sept, le dix-sept février, a été inhumé au cimetière de cette paroisse le corps de demoiselle Elisabeth-Louise de la Fontaine, la dernière des petits-fils et petites-filles du célèbre Jean de la Fontaine, décédée d’hier, âgée de soixante et onze ans, deux mois et six jours, au convoi de laquelle ont assisté Messieurs Adam-Pierre Pinte-rel de Louverny, conseiller du Roy, lieutenant général au bailliage et siège présidial de cette ville, Louis-Augustin Regnault, directeur du terrier du duché de Château-Thierry, ses cousins, M. Louis-Nicolas Sutil, avocat du et autres, avec nous soussignés.
« Regnault, Thirial, doct. de Sorbonne, curé; Pinterel de Louverny Sutil, avocat du Roi, etc. »
2. Voici son acte de baptême, extrait des registres de la paroisse de Saint-Crépin :
« Le 24 avril 1718, a été baptisé Charles-Louis, né du jour précédent, du mariage légitime de maître Charles de la Fontaine, greffier de Messeigneurs les maréchaux de France, et de dame Françoise-Jeanne du Tremblay. Son parrain M.. Pierre-Louis Dutramblay, la marraine damoiselle Jeanne Josse de Bressay, lesquels ont signé :
« De lu Fontaine, Marie-Jeanne Josse de Bressay, M, F., Douceur, vicaire; du Tremblay, »
1. Charles-Louis-Sébastien Héricart, qui, de 1742 à 1748, fut secrétaire et intendant des finances de la maison d’Orléans.
2. François-Armand d’Usson, marquis de Bonnac. Il avait obtenu, le 23 juin I738, la lieutenance de Roi au gouvernement de Foix. Il fut nommé maréchal de camp le 25 août 1749) lieutenant général au gouvernement du pays de Foix en 1750, enfin, le 11 novembre 1701, ambassadeur auprès des Etats généraux des Provinces-Unies,
3. Walckenaer (Histoire de la vie de… la Fontaine, édition de 1824, un vol. in-8°, p. 637, dans une note) donne son acte de baptême, extrait des registres de l’église cathédrale paroissiale de Pamiers :
…lettre tout à l’heure mentionnée). Il est dit dans cette même lettre que Charles-Louis « eut été fort à plaindre et aurait couru risque de rester ignoré dans sa patrie, sans les secours généreux de M. Héricart de Thury, conseiller à la cour des Aides. » Mlle de la Fontaine ajoute que M. Héricart mit le jeune homme au collège de Beauvais ; que celui-ci, son éducation achevée, eut, à l’hôtel des Postes, un emploi, dont il s’acquitta avec assez de négligence, ayant beaucoup d’indolence et de goût pour le plaisir : on continuait à conserver fidèlement cette part de l’héritage. Charles-Louis était avocat au Parlement. Le marquis de Bonnac le prit pour secrétaire, et le chargea, en 1749, d’aller régler à Pamiers quelques-unes de ses affaires. Il y épousa, en novembre 1751, Marie-Antoinette le Mercier, fille de Georges-Louis le Mercier, écuyer, conseiller du Roi, maître des eaux et forêts de Pamiers. Le petit-fils de la Fontaine mourut à Pamiers, le 14 novembre 1757. Sa veuve épousa, en secondes noces, M. de Neuilly, fermier général, qui fut guillotiné à la Révolution.
Charles-Louis de la Fontaine avait laissé trois enfants : Marie-Françoise-Claire, Marie-Claire, Hugues-Charles.
Hugues-Charles de la Fontaine était né, le 12 juillet 1757, à Pamiers.
Adry parle de lui en ces termes, dans une de ses notes sur la Vie de la Fontaine par Fréron (p. xxx) : « Il y a encore de nos jours (en 1806) un descendant de la Fontaine, homme vraiment philosophe et qui a su préférer le bonheur à la célébrité qu’il aurait pu acquérir dans la littérature et même dans des emplois importants. » Une lettre Insérée au Journal des Débats, du 10 novembre 1818, confirme ces paroles pleines d’estime pour l’arrière-petit-fils du poète, et nous en dit un peu plus long sur lui : « M. de la Fontaine est parvenu à l’âge de 61 ans. Sa jeunesse et les moments de loisir que lui laissait un emploi dans la finance furent consacrés à une étude approfondie de l’histoire et de la littérature. Les événements de la Révolution l’ayant privé de son emploi et d’une partie de son patrimoine, il vit retiré…. Il se résigne, dans le silence, à toutes les privations et cherche à se contenter des débris d’une fortune qui ne fut jamais que très-modique. » Le même journal, à la date du 25 août 1824 complète ainsi ces renseignements : « Il était (quand il mourut) le seul rejeton du bonhomme. S’il n’avait pas son génie, il avait hérité du moins de son originalité et de sa modestie. M- de la Fontaine habitait ordinairement Paris. Aveugle et infirme, il est venu, peu de temps avant sa mort, dans sa ville natale, comme simple voyageur, et sans se faire connaître. Il s’était logé dans une auberge, avec une domestique ; et ce n’est qu’en recevant les billets de faire part que les habitants ont su qu’ils l’avaient possédé parmi eux. M. Tribert, président honoraire, et M. Poan de Sapincourt avaient été chargés par M. Héricart de Thury, son parent, de veiller à ses besoins. » L’auberge où l’on donne à entendre qu’il mourut était sans doute celle de la Sirène, dans le faubourg de Marne. Il se pourrait qu’il y fut descendu ; mais l’acte de son décès3 nous apprend qu’il est mort, le 16 août 1824) dans la maison du sieur Plu, entrepreneur de bâtiments. Cette maison existe encore au faubourg de Marne.
« L’an mil sept cent cinquante-sept et le douzième juillet, est ne et a été baptisé un enfant maie, fils légitime et naturel à messire Charles-Louis de la Fontaine, écuyer, avocat en parlement de Paris, et daine Marie-Antoinette Lemercier, son épousa : auquel on a donné le nom de
Hugues-Charles. Son parrein a été messire Nicolas-Simon Delguenand, chevalier, lieutenant-colonel réformé de dragons ; marraine damoiselle Marthe-Marie Moynier de la Terrasse, tous habitante de cette ville, soussignés. Le père absent. Témoins M. Joseph de Riga il, conseiller du Roy nu sénéchal et président et juge souverain du Donczan, et M. Paul Foutu, conseiller du Roy, assesseur de la maréchaussée du Roussillon et pays de Foix, aussi habitants de cette ville, soussignés.
Walekenaer dit (p. 637 de l’édition de 1824, à la note déjà citée) avoir appris, au moment où l’on allait tirer la dernière feuille, que le roi Louis XVIII avait accordé une pension de quinze cents francs à Hugues-Charles. La date de l’ordonnance royale serait, dit-on, le 23 novembre 1823. Nous ne l’avons pas trouvée au Bulletin des lois.
Le dernier héritier mâle du nom de la Fontaine n’avait pas été marié.
1. C’est-à-dire à Château-Thierry, dans la ville natale de sa famille paternelle. Nous avons vu qu’il était né à Pamiers.
2. Voici cet acte, extrait des registres de la paroisse de Saint-Crépin :
« L’an mil huit cent vingt-quatre, le 17 août, huit heures du matin, en la mairie et par devant nous, Louis Vol, maire et officier de l’état civil de la ville de Château-Thierry, arrondissement et canton dudit lieu, département de l’Aisne,
« Sont comparus MM. Jean-Baptiste-Louis de Sapincourt, Agé de 53 ans, receveur des hospices civils de cette ville, et Etienne-Charles Tribert, président honoraire du tribunal, âgé de 64 ans, demeurant tous deux à Château-Thierry, lesquels nous ont déclaré que M. Hugues-Charles de la Fontaine, ne à Palmiers le douze juillet mil sept cent cinquante-sept, fus de M. Charles-Louis de la Fontaine, écuyer, avocat en parlement de Paris, et de dame Marie-Antoinette Lemercier, tous deux décédés, ledit Hugues-Charles de la Fontaine, demeurant à Château-Thierry, est décédé le jour d’hier, à cinq heures et demie du soir, maison du sieur Plu fils, entrepreneur de bâtiments, faubourg de Marne. Et ont les deux témoins signés avec nous le présent acte, après que lecture leur en a été faîte.
Ses sœurs, que nous avons nommées ci-dessus, avaient été, après la mort de Charles-Louis, leur père, recueillies, à Château-Thierry, par leurs tantes, qui les présentèrent à Mesdames, filles de Louis XV, lorsque ces princesses, se rendant aux eaux de Plombières, en 1762, passèrent par Château-Thierry. La jeune Marie-Françoise-Claire, âgée de sept ans, récita devant Mesdames une petite fable en vers, le Lierre et le Chêne, qui faisait une transparente allusion à leur besoin de protection, et que précédaient ces vers :

Jean s’en alla comme il était venu.
Mangeant son fonds avec son revenu.
C’était mon bisaïeul de célèbre mémoire.
Son fils a fait de même, aussi son petit-fils.
Jamais au monde ils n’ont acquis
Que de l’estime et de la gloire.

Touchées de la grâce de l’enfant, qui n’avait pour héritage qu’un nom illustre. Mesdames, au retour de Plombières, l’emmenèrent à Versailles, et la présentèrent au Roi. Elles la placèrent, pour son éducation, à l’abbaye de Fontevrault. On la destinait à l’état religieux ; elle préféra le mariage. Elle épousa Charles-Etienne-Marie Marin, comte de Maison, garde du corps du Roi. Ses bienfaitrices lui assumèrent une pension de douze cents francs, qui lui fut exactement payée jusqu’au temps de la Révolution. A cette dernière époque, Mme de Maison vivait obscurément ù Versailles, avec son fils et sa fille. Une lettre qu’elle avait reçue d’un parent émigré la fit traduire devant un comité révolutionnaire de cette ville. Elle y comparut accompagnée de ses enfants. Le président dit au jeune de Marson :
« Qu’est-ce qu’on t’apprend? » — « A être bon, » répondit l’enfant.. Un homme du peuple s’écria : « Grâce pour la petite-fille de la Fontaine, qui élève si bien ses enfants ! » La cause de Mme de Marson était gagnée ; on la renvoya chez elle. Quoique cette générosité du comité de Versailles puisse faire penser au mot de la seconde Philippique de Cicéron sur Antoine, qui ne l’avait pas tué à Blindes : beneficium latronum, il est touchant de voir que devant un peuple en révolution, comme à la cour des Rois, la gloire de la Fontaine protégea sa postérité.
Le roi Louis XVIII accorda, en 1818, une pension de quinze cents francs au fils de Mme de Marson, affligé d’une maladie nerveuse, depuis la scène, dit-on, du comité révolutionnaire, et réduit à une grande pauvreté. Que c’ait été tantôt nonchalance héréditaire, tantôt malheur des circonstances, il y a peu de familles que la fortune ait moins favorisées que celle des descendants du grand poète.
Marie-Claire, la seconde fille de Charles-Louis de lu Fontaine, épousa, à Château-Thierry, Pierre-Louis Despotz, ancien magistrat. Elle mourut veuve, le 13 novembre 1820, à Château-Thierry, sans laisser de postérité…

Henri Regnier

Œuvres de J. de La Fontaine, nouvelle édition revue sur les plus anciennes impressions et les autographes, et augmentée de notices, de notes, d’un lexique… etc., par M. Henri Régnier…Hachette (Paris) 1883-1897, Régnier, Henri (18..-19…

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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