Les Animaux, fable de La Fontaine

Les Animaux, fable de La Fontaine

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Les Animaux, en république,
Convinrent unanimement,
Que chacun, à son tour, eût le gouvernement
De la chose publique.
Messire Renard eut l’honneur
D’être le premier gouverneur.
Il s’alla mettre en son lit de justice,
Jurant de faire droit à tous.
« Ah! dirent les Agneaux, cela va bien pour nous.
Le Loup, avec son artifice,
Ne sera plus notre tuteur. »
L’aîné de tous lui dit : « Mon bon seigneur,
Depuis la mort de notre pauvre mère,
Nous sommes sous l’oppression
Du Loup, notre ennemi glouton,
Oui veut avoir notre tutelle.
— Il est vrai, dit le Loup, c’est ma prétention
Et la volonté maternelle,
Car la pauvre défunte, avant que de mourir,
Me fit votre tuteur pour finir la querelle.
— Vous, tuteur ! répondit l’Agneau ;
Vous qui la privâtes de vie,
Elle vous eût commis la garde du troupeau !
— Messieurs, répond le Loup, je le prends à partie :
Il dit que je suis meurtrier ?
Il faut qu’on le punisse, ou qu’il prouve son dire.
— J’ai témoin, dit l’Agneau, pour le justifier. »
Le Loup voit bien qu’il a du pire.
S’approchant du Renard, il lui dit doucement :
« Je suis juge après vous ; monsieur, sans compliment,
Pourrois-je vous rendre service?
Si vous aviez procès contre quelque poulet,
Je vous donnerais gain de cause. »
Le Renard, convaincu par cette forte clause,
En faveur de ce Loup prononça son arrêt.

“Les Animaux”

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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