L’Enfant, par La Fontaine

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Un châtelain ou juge de village,
Homme ribaud et vigoureux,

Entretenoit un commerce amoureux,
Sous prétexte de compérage,
Avec la femme d’un bon paysan,
Femme blanche, ferme, rablée,

Grasse, dodue et potelée,
Trop belle enfin pour un manant,
Puisque dessous la grosse bure
Elle cachoit certains appas
Que souvent on ne trouve pas
A des femmes qui font figure
Et qui portent le taffetas.
Le rusé châtelain avoit la prévoyance
De ménager le temps et la saison :
Car du manant il épioit l’absence,
Pour faire avec toute assurance
La besogne de la maison.
Ainsi prenant les affaires à l’aise,
Dessus le lit un enfant de cinq ans ,
Qui regardoit le passe-temps,
Il apaisoit son amoureuse braise.
Avint, un jour (il ne me souvient pas

Si c’était ou dimanche ou fête ),
Que notre châtelain à son logis s’arrête,
Sans doute pour quelque embarras,

Ou par un effet de paresse,
Si bien qu’il vient tard à la messe ;
Et tout le peuple étant à deux genoux,
Il fallut, pour prendre sa place,
Qu’il passât au milieu de cette populace,

Et qu’il fût vu, par ce moyen, de tous.
La femme du manant, dedans la même église,
Tenoit par la main son enfant,
Et sans témoigner de surprise,
S’aperçut bien de son galant,
Et de rien ne fit pas semblant.
Mais pour l’enfant, regardant le compère,

Crut bonnement que son parrain
Ferait ce qu’au logis il le vit souvent faire.
A cet effet, il s’écria soudain :
« Mettez-vous sur le lit, ma mère,
Voilà monsieur le châtelain ! »

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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