Le Vieillard et ses Enfants, commentée

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Le Vieillard et ses Enfants, commentée par Louis Moland :


 

Fable XVIII. Le Vieillard et ses Enfants, Esope, 174, 266. — Aviani, 18. — Morlini, 12.

” Scylurus, un roi des Tartares, laissa quatre-vingts enfants, et peu avant que mourir commanda qu’on lui apportait un faisceau de dards qu’il bailla à tous ses enfants les uns après les autres, leur commandant qu’ils s’efforceassent de rompre le faisceau tout entier, et après qu’ils eurent bien essayé et n’en peurent venir à bout, luy-mesme les tira du faisceau les uns après les autres, et les rompit tous suns peine quelconque, leur voulant par là donner à cognoistre que leur union et concorde seroit invincible, mais la discorde les rendrait foibles, et seroit cause qu’ils ne dureraient guère. » Plutarque, Œuvres morales, traduites par Amyot, Du trop parler.

Les avantages de la concorde ont plutôt besoin d’être rappelés lorsqu’il s’agit, comme dans cet exemple de Plutarque, de résister aux ennemis, aux étrangers. Ils sont trop manifestes lorsqu’il s’agit de dissensions intestines, de luttes fraternelles, comme dans la fable de La Fontaine, lorsque les personnages intéressés à être unis se spolient, se déchirent les uns les autres. L’image du faisceau de dards prouve plus que la leçon donnée aux trois fils du vieillard Elle prouve que, lors même qu’on ne se querellerait pas, qu’on ne s’attaquerait pas mutuellement, la discorde a ce malheur de nous affaiblir, de nous exposer aux agressions du dehors, tandis que l’on peut, par l’union, braver les attaques de plus forts et de plus redoutables que soi. Le moyen âge comprenait ainsi cet apologue : il supposait quatre taureaux allant toujours ensemble aux champs; ils n’ont rien à redouter des animaux les plus terribles. Le lion môme n’ose s’en prendre à eux, tant qu’ils se tiennent compagnie. Mais les abordant un jour, il leur fait honte de leur prudence ; il leur dit que séparément ils trouveraient de meilleurs pâturages, que chacun d’eux est assez robuste pour n’avoir peur d’aucun animal vivant, et que lui-même, lion, se garderait bien de s’y hasarder. Il les pique d’honneur, il les flatte; si bien que les taureaux se divisent, vont chacun de leur côté, et qu’ils deviennent la proie de leur ennemi.

Dans la fable de Morlini, de Leone et turma equorum, l’événement est contraire, mais le sens est pareil. Des chevaux non domptés passent dans une prairie. Après s’être repus, ils se mettent à se mordre et à ruer les uns contre les autres. Surviennent un lion et un renard. Le lion dit à son compagnon qu’une heureuse fortune les a amenés là. Ils feront leur repas de ces querelleurs. Les ennemis sont nombreux ; mais la discorde annule leur puissance. Il ne doute donc pas qu’il n’ait aisément raison de cette tourbe tumultueuse. Le renard répond qu’il ne faut pas trop s’y fier. Quand on entame le combat, on n’en peut jamais prévoir l’issue. Tels se disputent entre eux qui sont unis contre les étrangers. Le lion ne se laisse pas détourner de son projet, il s’élance sur les chevaux sauvages. Mais aussitôt ceux-ci se rassemblent, forment un bataillon carré, présentent de toutes parts au lion leurs pattes de devant levées et menaçantes. Déconcerté par cette concorde soudaine, le lion est obligé de battre en retraite. La conclusion, c’est que les citoyens, lorsqu’ils sont unis, sont puissants et n’ont rien à craindre; qu’ils sont faibles, s’ils ne se soutiennent pas mutuellement. (Le Vieillard et ses Enfants, analyses)

(Moland Louis Émile Dieudonné)

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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