Le Soleil et les Grenouilles

Le Soleil et les Grenouilles

0 89

Aux noces d’un Tyran tout le Peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots.
Esope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d’allégresse.
Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l’Hyménée.
Aussitôt on ouït d’une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les Citoyennes des Etangs.
Que ferons-nous, s’il lui vient des enfants ?
Dirent-elles au Sort, un seul Soleil à peine
Se peut souffrir. Une demi-douzaine
Mettra la Mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais : notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
A l’eau du Styx. Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

Analyse de Charles Nodier :

(6e du liv. Ier de Phèdre.)

Aux noces d’un Tyran –  Phèdre place la scène aux noces d’un voleur. La Fontaine a agrandi le cadre.

De songer – On n’a pas trop dessein de songer à une chose.

A l’eau du Styx – Figure très hardie. Voilà les grenouilles pourvues, par le génie et la sensibilité de La Fontaine, d’une âme qui conser­vera dans l’autre vie les goûts et les habitudes de l’espèce ; elle habitera l’eau du Styx. Nous verrons bientôt le poète aller plus loin ; les plantes mêmes seront immortelles, et les grenouilles du Styx jouiront encore de l’ombrage des saules sous lesquels elles auront vécu. ( Fable XX du liv. XII. )

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.