Le Soleil et les Grenouilles

Le Soleil et les Grenouilles

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Aux noces d’un Tyran tout le Peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots.
Esope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d’allégresse.
Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l’Hyménée.
Aussitôt on ouït d’une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les Citoyennes des Etangs.
Que ferons-nous, s’il lui vient des enfants ?
Dirent-elles au Sort, un seul Soleil à peine
Se peut souffrir. Une demi-douzaine
Mettra la Mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais : notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
A l’eau du Styx. Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.



Notes de Louis Moland :

– La Fontaine n’a point inséré cette fable dans le volume qu’il a publié eu 1694. Elle avait paru une première fois en 1672, chez F. Muguet, imprimeur du roi et de Mgr. L’archevêque ; 3 pages in-8, signées des initiales D. L. F. (Édition signalée par M. P. Lacroix, Nouvelles Œuvres inédites de La Fontaine, page 24, en note). Le P. Bouhours l’avait réimprimée sous le nom de l’auteur, dans le Recueil de vers choisis, eu 1003 (page 13, ou 17 de l’édition de Hollande). Madame Ulrich la publia de nouveau comme inédite dans les Œuvres posthumes de notre poète, en 1000. Elle n’est point dans l’édition de ses fables faite à Amsterdam en 1700, ni dans celle imprimée à Paris en 1709 : cependant elle avait déjà été insérée dans l’édition de Londres de 1708, et on la retrouve ensuite dans l’édition in-4 de 1726 et dans toutes les éditions qui suivirent.

Analyse de Charles Nodier :

(6e du liv. Ier de Phèdre.)
Aux noces d’un Tyran –  Phèdre place la scène aux noces d’un voleur. La Fontaine a agrandi le cadre.
De songer – On n’a pas trop dessein de songer à une chose.
A l’eau du Styx – Figure très hardie. Voilà les grenouilles pourvues, par le génie et la sensibilité de La Fontaine, d’une âme qui conser­vera dans l’autre vie les goûts et les habitudes de l’espèce ; elle habitera l’eau du Styx. Nous verrons bientôt le poète aller plus loin ; les plantes mêmes seront immortelles, et les grenouilles du Styx jouiront encore de l’ombrage des saules sous lesquels elles auront vécu. ( Fable XX du liv. XII. )

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On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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