Le Soleil et les Grenouilles, analyses

Le Soleil et les Grenouilles commentée par Louis Moland

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Le Soleil et les Grenouilles commentée par Louis Moland :


Fable XXIV. Le Soleil et les Grenouilles. Le P. Commire. Sol et Ranœ. La fable latine fut d’abord imprimée sur une feuille volante avec ce titre : Appendix ad fabulas Phœdri, ex bibl. Leidensi, etc. Parisiis, 1672, in-8°.

« La fable du P. Commire est une satire contre la Hollande, qui s’alarmait pour son indépendance des conquêtes que Louis XlV avait faites en Flandre. Changeant de parti, elle devint l’alliée de l’Espagne, qu’elle ne craignait plus, et l’ennemie de la France, dont elle redoutait la domination. La vanité nationale de la France se blesse aisément, et, comme l’orgueil de Louis XIV, qui s’irritait de se voir contrarié par ce petit État, s’accordait avec-la vanité nationale, ce fut partout un concert de reproches contre les Hollandais. Tous les poètes du temps attaquèrent à l’envi ces républicains qui ne voulaient pas sacrifier à la France l’indépendance qu’ils avaient conquise sur l’Espagne. Le P. Commire fit sa fable qui eut un grand succès; en voici la traduction:

« Les grenouilles, habitantes des marais, race ambiguë, moitié terrestre et moitié aquatique, née dans la fange, avaient vu prospérer leur État, grâce à la protection du soleil. C’était par son secours qu’elles avaient chassé les taureaux qui paissaient au bord de leurs marais. Elles avaient même osé aborder la vaste mer, et souvent elles avaient provoque et vaincu les poissons les plus formidables. Elles devinrent orgueilleuses, et, ce qui est pis, ingrates. Elles commencèrent à être jalouses de la gloire du soleil, et à regarder d’un mauvais œil l’astre qu’a-dore l’univers. Elles l’insultent par leurs coassements et leurs clameurs; elles osent même le menacer; elles lui signifient qu’il ait à s’arrêter dans sa course céleste, et, comme le soleil continuait à éclairer le monde de ses feux, elles s’efforcent d’entraver sa marche. Elles agitent la vase de leurs marais et la font bouillonner : une noire vapeur s’élève du fond des marécages et cache la lumière du jour sous un nuage épais. Le roi des astres sourit de cette insolence : » Vos traits retomberont sur votre tête,» dit-il; et, rassemblant ses rayons dispersés sur le monde, il change ces noires vapeurs en foudre et en grêle retentissante. Les grenouilles sont accablées par une épouvantable tempête. En vain, elles cherchent à se cacher sous leurs joncs; en vain, elles s’enfoncent dans la vase pour échapper au désastre : le soleil brûle tout par ses feux et dessèche les marais qui leur servaient de refuge. Les grenouilles périssent sous ces traits enflammés, et deviennent la proie des milans et des corbeaux. Alors une d’entre elles, plus sage que les autres, dit en mourant: « Nous sommes justement punies d’avoir payé les bienfaits par l’insulte. Puissent nos malheurs avertir nos descendants de respecter les dieux ! »

« Cette allégorie est froide, outre qu’elle est injurieuse. A force de songer aux Hollandais, Commire a oublié qu’il s’agissait des grenouilles dans sa fable,et que leurs guerres avec les taureaux et avec les poissons choquaient la vraisemblance. La Fontaine, qui. en mettant des animaux en scène au lieu d’hommes, a toujours eu soin de ne pas forcer leur nature, n’a pas fait des grenouilles du P. Commire les adversaires des taureaux et des poissons : il se contente de dire qu’avec les cris qu’elles poussaient contre le soleil, on ne pouvait dormir en paix. Il a ôté à l’allégorie du père jésuite ce qu’elle avait de pompeux et de faux; il est plus simple, mais il n’est ni piquant ni gracieux.1 »

Cette fable, ce fartum, pour mieux dire, fut traduit en vers par d’autres poètes que La Fontaine, notamment par Furetière.
La Fontaine avait déjà composé, d’après Phèdre, une autre fable sous ce titre : le Soleil et les Grenouilles, la fable XII du livre VI.

1 – Saint-Marc Girardin.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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