Le Serpent et la Lime

Le Serpent et la Lime

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On conte qu’un serpent voisin d’un Horloger
C’était pour l’Horloger un mauvais voisinage),
Entra dans sa boutique, et cherchant à manger
N’y rencontra pour tout potage
Qu’une Lime d’acier qu’il se mit à ronger.
Cette Lime lui dit, sans se mettre en colère :
Pauvre ignorant ! et que prétends-tu faire ?
Tu te prends à plus dur que toi.
Petit Serpent à tête folle,
Plutôt que d’emporter de moi
Seulement le quart d’une obole,
Tu te romprais toutes les dents.
Je ne crains que celles du temps.
Ceci s’adresse à vous, esprits du dernier ordre,
Qui n’étant bons à rien cherchez sur tout à mordre.
Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
Sur tant de beaux ouvrages ?
Ils sont pour vous d’airain, d’acier, de diamant.

Quatrain d’Issac Benserade :

serpent_limeVous ; petits souverains, qui bouillant de furie.
Courez mal-à-propos insulter un grand roi,
Ecoutez ce serpent ; il vous dit : C’est folie
De vouloir se jouer à plus puissant que soi.

Commentaires et analyse de Louis Moland :

Le Serpent et la Lime.

— Esop., 187, 271.
— Phèdre, V, 8.
— Ugobardi Sulmonensis, 51.
Nous avons mentionné, dans notre étude générale, la singulière digression à laquelle s’est livré, à la suite de cet apologue. l’Ysopet de 1333. et l’histoire des » bons compagnons de Picardie, » qui avaient dévalisé l’église de Saint-Mathurin.

   A l’occasion de la fable ésopique du Serpent et de la Lime, l’auteur d’un de ces Ysopets se met à le-serpent-et-la-lime-jjgrandvillerapporter un événement judiciaire qui faisait du bruit au moment où il écrivait, et cela sans avoir besoin d’une autre transition que celle que lui fournissait l’instrument qui figure dans la fable. Il raconte que des écoliers de la Nation de Picardie, se trouvant dépourvus d’argent, avisèrent au moyen de s’en procurer. L’un d’eux se fait porter dans un coffre à Saint-Mathurin. Il y dérobe les châsses et les écrins. Mais il y oublie sa lime. Pendant qu’ils sont à se baigner et à se jouer aux étuves avec les profits de ce beau coup, l’official, averti du vol commis, envoie à la place Maubert un petit garçon avec la lime. Le garçon offre la lime à vendre pour trois sous parisis. Un serrurier la reconnaît pour l’avoir forgée et se moque du petit garçon : « Je l’ai faite pour deux sols parisis, dit-il ; tu veux donc gagnera revendre ? » L’official, aussitôt qu’on lui rapporte ces paroles, fait arrêter le serrurier, qui dénonce les écoliers pour qui il a fabriqué la lime. Ainsi les voleurs furent découverts et punis.
L’aventure du serpent voulant ronger la lime a rappelé au fabuliste cette anecdote contemporaine, et il s’est mis à la conter tout au long, comme elle lui était venue.

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