Le Renard, les Mouches et le Hérisson, commentée

Le Renard, les Mouches et le Hérisson, commentée par Louis Moland

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Le Renard, les Mouches et le Hérisson, commentée par  Louis Moland :


Esop., apud Aristotel rhetoricor., lib. Il, cap. xx, tom. II, p. 570, édit. du Val., 1619, in-folio; trad. de Cassandre, édit. 17;i3, p. 291. — Fabulœ Aesopicœ 384, édit. Lipsiae 1810, in-8, p. 165. —Philibert Hegemon, fab. XIX, édition 1583, p. 56.

« Le sujet de cette fable est dans Ésope. Aristote la cite dans sa Rhétorique comme un modèle capable de faire juger du goût de l’auteur et de sa manière énergique d’enseigner. La voici traduite du grec. « Un renard voulant passer une rivière tomba dans une fosse bourbeuse; aussitôt il y fut assailli par une « infinité de grosses mouches qui le tourmentèrent longtemps. Il passe un hérisson ; touché de le voir souffrir ainsi : Voulez-vous, lui dit-il, que je vous délivre de ces insectes cruels qui vous dévorent? —Gardez-vous-en bien, répondit le renard. — Et pourquoi donc? — Parce que celles-ci vont Cure soûles de mon sang, et si vous les chassez, il en viendra d’autres plus affamées qui me suceront ce qui m’en reste. » L’allégorie est visible. Le renard représente le peuple foulé par des magistrats qui sont eux-mêmes représentés par les mouches. Le hérisson représente les accusateurs des magistrats. Le renard est malheureux, mais il est prudent et patient dans son malheur. Le hérisson est choisi pour représenter les accusateurs plutôt que tout autre animal, parce qu’étant hérissé de pointes il pouvoit blesser en voulant guérir, caractère assez ordinaire aux accusateurs qui veulent changer de maître, souvent pour régner à leur tour, et peut-être avec plus de dureté que ceux qu’ils accusent. » (Principes de littérature de l’abbé Batteux.)
Ce sujet fut donné en thème par Fénelon au duc de Bourgogne.

La Fontaine avait d’abord composé cette fable autrement; on a retrouvé le brouillon entièrement écrit de sa main. Voici cette première version.

Le Renard et les Mouches.

Un renard tombé dans la fange.
Et de mouches presque mangé,
Trouvoit Jupiter fort étrange
De souffrir qu’à ce point le sort l’eût outragé.
Un hérisson du voisinage.
Dans mes vers nouveau personnage.
Voulut le délivrer de l’importun essaim.
Le renard aima mieux les garder, et fut sage.
Vois-tu pas, dit-il, que la faim
Va rendre une autre troupe encor plus importune?
Celle-ci, déjà soûle, aura moins d’âpreté.

Trouver à cette fable une moralité
Me semble chose assez commune :
On peut, sans grand effort d’esprit.
En appliquer l’exemple aux hommes.
Que de mouches voit-on dans le siècle où nous sommes !

Cette fable est d’Ésope, Aristote le dit.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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