Le Pot de terre et le Pot de fer

Le Pot de terre et le Pot de fer

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Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s’en excusa,
Disant qu’il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause.
Il n’en reviendrait morceau.
Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
– Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer.
Si quelque matière dure
Vous menace d’aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai.
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s’en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L’un contre l’autre jetés
Au moindre hoquet qu’ils treuvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu’avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces Pots.


Ainsi mal-à-propos petit prince se brise
Aux côtés d’un grand roi.
Ceci vous dit : malheur à qui s’avise
D’approcher de trop près d’un plus puissant que soi.


Esope, f. 295 et 329. Le Pot de terre et le Pot de fer

Eclats, morceaux. C’est le premier sens de ce mot. Voy. p. 210, n. 1, sur l’étymologie du verbe éclater.
Avecque. Voy. p. 168, n. 1.
Pots, égaux. Ce sont encore là de ces rimes insuffisantes comme on en trouve souvent dans La Fontaine. Voy. p. 112, n. 2.
Que sage, qu’il agirait en sage; mol à mut : « qu’il ferait ce que fait un sage. » Locution très ancienne dans la langue du moyen Age et dont les plus anciens textes offrent des exemples. Que est ici le pronom conjonctif, en latin quod. « Respont Rollanz : je fereie que fols.» (V.1052.) Rolland répond : j’agirais en fol (facerem quod amens faceret). On lit dans Joinville : il firent mout que saige ils agirent beaucoup en sages (c’est ici le cas sujet pluriel) : illi feeerunt multum quod sapientes fecissent. Voy. Clédat, p. 280, § 70Ô.
Débris, ruine, brisement. Le mot débris au singulier signifie les restes d’un vaisseau brisé par la tempête ; il se dit aussi des objets cassés dans une maison : le débris d’un navire, le débris d’une hôtellerie. Au figuré, avec le sens de chute et de ruine, il s’employait autrefois au singulier. Aujourd’hui il ne s’emploie qu’au pluriel.
Et parmi le débris, le ravage et les morts.
À force d’attentats perdre tous mes remords.
(Athalie, 111, m.)
D’aventure, par aventure, par hasard. — Voy. p. 103, n. 5.
Clopin clopant, du latin populaire cloppus , formé peut-être du grec, synonyme de claudus, boiteux ; de ce mot sont sortis cloper (qui a disparu), clopiner, éclopé. « Le frère est toujours ici, il clopine. » (Mme- de Sévigné, T. V, p. 121.) — Cloppus avait aussi fourni cloppicare d’où est venu clocher, boiter.
Hoquet, heurt, choc. — « Obstacle, empêchement, d’après du Gange (voy. son glossaire au moi hoquetas); ou bien plutôt « accroc », en rattachant le mot au picard hoc, hoket, « croc, accroc », d’où hoker, ahoker, accrocher. • (Henri Régnier, T. 1, p. 371.)
(Charles Aubertin)

  • Quatrain de Benserade.
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