Le Poirier et le Sapin : La Fontaine

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 icon-angle-double-right Fables et poésies de Jean de La Fontaine

Deux arbres côte à côte étaient dans un jardin,
L’un Poirier, et l’autre Sapin :
Ils se parloient tous deux de la Nature.
Le Sapin disoit au Poirier :
« Elle a pris grand plaisir à me gratifier,
Mais, pour vous, je la trouve une mère bien dure :
Il semble que vos bras aient eu la torture;
Votre corps est tourné, dépouillé de verdure,
Mais, moi, je suis grand, je suis droit,
Et, même dans le plus grand froid,
Je conserve l’émail dont ma tête est ornée,
Et par lui ma beauté se trouve couronnée. »
Le Poirier répondit d’un ton moins orgueilleux :
« Beau Sapin, vous êtes heureux
D’être si content de vous-même;
Mais notre maître est-il de même?
Il me semble que, l’autre jour,
Venant ici faire son tour,
Il dit que tout arbre infertile
Lui sembloit un arbre inutile ;
Qu’il ne vouloit plus en souffrir,
Et qu’il étoit résolu de remplir
Son jardin de fruitiers, pour enrichir sa table. »
Le jardinier reprend : « Il est très-véritable;
Sapin, vous êtes condamné,
Et mon maître, en effet, m’a tantôt ordonné
De replanter en votre place
Un Poirier de la même race
Que celui-ci, qui donne pour produits
Tous les ans d’admirables fruits. »

“Le Poirier et le Sapin”

Fables et poésies inédites de Jean de La Fontaine.

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« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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