Le Pin et la Vigne, fable La Fontaine

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Un jeune Ormeau, fort épris d’une Vigne,
Tout auprès d’elle étoit planté.
Elle, à ce que m’a dit une plante maligne,
Inclinoit fort de son côté.
Enfin, dans tout le voisinage,
Chacun en altendoit le futur mariage ;
Quand un Pin, célèbre en ces lieux,
À la belle fit les doux yeux,
Et fit tant, par sa complaisance,
Qu’il troubla leur intelligence.
Souvent il lui disoit : « Que votre vert est beau !
Votre fraîcheur n’est pas commune,
Et vous mériteriez toule une autre fortune,
Que d’épouser un simple Ormeau. »
Car il discouroit à miracle
Et du pays étoit l’oracle.
D’autres fois : « Avec moi, vous auriez plus d’éclat,
Je rehausserais votre état.
Si nous étions unis par d’immortelles chaînes,
Nous traiterions de haut en bas
Mille plantes hautaines,
Qui tâchent maintenant de cacher vos appas. »
Les femmes sont ambitieuses,
Et la Vigne, fort aisément,
A ces offres avantageuses,
Dédaigna son premier amant
Et mit le second en sa place.
Cependant l’Orme, en sa disgrâce,
Tant il étoit et jeune et sot,
N’osa pas dire un petit mot.
L’ingrate il croit toucher, parce qu’il en soupire.»

Ma foi ! mon pauvre adolescent,
Des soupirs on ne fait que rire,
Quand on est au-dessus du vent.

Notes de Paul Lacroix :

Le Pin et la Vigne

…Le Renard et l’Écureuil rappelle évidemment la disgrâce de Fouquet, qui portait un écureuil dans ses armes, et dans le Pin et la Vigne, on ne peut guère s’empêcher de reconnaître une allusion à quelqu’une des maîtresses de Louis XIV, peut-être à Mlle de La Vallière et à ses amours avec Bragelonne. Du moins, cette vigne qui dédaigne l’ormeau pour le pin prête à une application de ce genre :

Les femmes sont ambitieuses,
Et la Vigne, fort aisément,
A ces offres avantageuses,
Dédaigna son premier amant
Et mit le second en sa place.
Cependant l’Orme, en sa disgrâce,
Tant il étoit et jeune et sot,
N’osa pas dire un petit mot.
L’ingrate il croit toucher, parce qu’il en soupire.»

Ma foi ! mon pauvre adolescent,
Des soupirs on ne fait que rire,
Quand on est au-dessus du vent.

Le dernier trait est excellent.

1. Il existe deux copies de cette fable dans un manuscrit de l’Arsenal (numéro 151, B. L. F.) provenant de Conrart. Une de ces copies paraît être de la main de La Fontaine, comme plusieurs autres pièces autographes que renferme ce précieux recueil. (Le Pin et la Vigne)

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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