Le Pin et la Vigne, fable La Fontaine

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Un jeune Ormeau, fort épris d’une Vigne,
Tout auprès d’elle étoit planté.
Elle, à ce que m’a dit une plante maligne,
Inclinoit fort de son côté.
Enfin, dans tout le voisinage,
Chacun en altendoit le futur mariage ;
Quand un Pin, célèbre en ces lieux,
À la belle fit les doux yeux,
Et fit tant, par sa complaisance,
Qu’il troubla leur intelligence.
Souvent il lui disoit : « Que votre vert est beau !
Votre fraîcheur n’est pas commune,
Et vous mériteriez toule une autre fortune,
Que d’épouser un simple Ormeau. »
Car il discouroit à miracle
Et du pays étoit l’oracle.
D’autres fois : « Avec moi, vous auriez plus d’éclat,
Je rehausserais votre état.
Si nous étions unis par d’immortelles chaînes,
Nous traiterions de haut en bas
Mille plantes hautaines,
Qui tâchent maintenant de cacher vos appas. »
Les femmes sont ambitieuses,
Et la Vigne, fort aisément,
A ces offres avantageuses,
Dédaigna son premier amant
Et mit le second en sa place.
Cependant l’Orme, en sa disgrâce,
Tant il étoit et jeune et sot,
N’osa pas dire un petit mot.
L’ingrate il croit toucher, parce qu’il en soupire.»

Ma foi ! mon pauvre adolescent,
Des soupirs on ne fait que rire,
Quand on est au-dessus du vent.

1. Il existe deux copies de cette fable dans un manuscrit de l’Arsenal (numéro 151, B. L. F.) provenant de Conrart. Une de ces copies paraît être de la main de La Fontaine, comme plusieurs autres pièces autographes que renferme ce précieux recueil. (Le Pin et la Vigne)

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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