Le Mari, la Femme, et le Voleur

Le Mari, la Femme, et le Voleur

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Un Mari fort amoureux,
Fort amoureux de sa Femme,
Bien qu’il fût jouissant, se croyait malheureux.
Jamais œillade de la Dame,
Propos flatteur et gracieux,
Mot d’amitié, ni doux sourire,
Déifiant le pauvre Sire,
N’avaient fait soupçonner qu’il fût vraiment chéri.
Je le crois, c’était un mari.
Il ne tint point à l’hyménée
Que content de sa destinée
Il n’en remerciât les Dieux ;
Mais quoi ? Si l’amour n’assaisonne
Les plaisirs que l’hymen nous donne,
Je ne vois pas qu’on en soit mieux.
Notre épouse étant donc de la sorte bâtie,
Et n’ayant caressé son mari de sa vie,
Il en faisait sa plainte une nuit. Un voleur
Interrompit la doléance.
La pauvre femme eut si grand’peur
Qu’elle chercha quelque assurance
Entre les bras de son époux.
Ami Voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux
Me serait inconnu. Prends donc en récompense
Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance ;
Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas
Gens honteux, ni fort délicats :
Celui-ci fit sa main. J’infère de ce conte
Que la plus forte passion
C’est la peur : elle fait vaincre l’aversion,
Et l’amour quelquefois ; quelquefois il la dompte ;
J’en ai pour preuve cet amant
Qui brûla sa maison pour embrasser sa Dame,
L’emportant à travers la flamme.
J’aime assez cet emportement ;
Le conte m’en a plu toujours infiniment :
Il est bien d’une âme Espagnole,
Et plus grande encore que folle.

Notes et analyses de Louis Moland :

Le Mari, la Femme, et le Voleur

… quelquefois il la dompte. C’est-à-dire, quelquefois c’est l’amour qui dompte la peur.

le_mari_la_femme_et_le_voleur_walckenaer_ed_1821Et plus grande encore que folle. La Fontaine fait ici allusion a l’aventure du comte de Villa-Medina avec Elisabeth de France, fille de Henri IV, et femme de Philippe IV, roi d’Espagne. Pour attirer Elisabeth chez lui, le comte de Villa-Medina imagina de donner à toute la cour un spectacle à machines, qu’il fit monter à grands frais. Pendant la représentation, il fit mettre le feu à son propre palais; puis, profitant du désordre et de la frayeur causés par les flammes qui s’élevaient de toutes parts, il s’empara de la reine, et satisfit ainsi, par la perte de la moitié de sa fortune et au risque de sa vie, le désir qu’il avait de serrer dans ses bras celle qu’il aimait. (Voyez le Voyage en Espagne par Aarsen de Sommerdick, Cologne, 1666.) (W.)

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