Le Lièvre et la Tortue

Le Lièvre et la Tortue

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Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. – Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l’animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d’ellébore.
– Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
Ni de quel juge l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire ;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque prêt d’être atteint
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D’où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s’évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à la gageure. A la fin quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l’emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Est il temps de partir, lorsque votre adversaire
Arrive au bout de la carrière ?
Négligents, ou toujours demeurez en repos,
Ou, si vous voulez vaincre, hâtez-vous à propos.
Quatrain de Benserade, 1612-1691


Esope, VII–VI siècle av. J.-C.

 “Du Lièvre et de la Tortue” – Le Lièvre considérant la Tortue qui marchait d’un pas tardif, et qui ne se traînait qu’avec peine, se mit à se moquer d’elle et de sa lenteur. La Tortue n’entendit point raillerie, et lui dit d’un ton aigre, qu’elle le défiait, et qu’elle le vaincrait à la course, quoiqu’il se vantât fièrement de sa légèreté. Le Lièvre accepta le défi. Ils convinrent ensemble du lieu où ils devaient courir, et du terme de leur course. Le Renard fut choisi par les deux parties pour juger ce différend. La Tortue se mit en chemin, et le Lièvre à dormir, croyant avoir toujours du temps de reste pour atteindre la Tortue, et pour arriver au but avant elle. Mais enfin elle se rendit au but avant que le Lièvre fut éveillé. Sa nonchalance l’exposa aux railleries des autres Animaux. Le Renard, en Juge équitable, donna le prix de la course à la Tortue.

Jean Baudoin, 1590-1650

du-lievre-et-de-la-tortue-esopeLe Lièvre voyant un jour la Tortuë, qui se trainoit à pas lents , se mit à soûrire, & luy dit plusieurs mots de raillerie, pour blâmer son extrême tardiveté. Alors la Tortuë , à qui ce mépris du Lièvre servit d’un juste sujet de s’en offencer , ne luy fit point d’autre réponse, sinon qu’elle le défia courageusement à la course. Ce défi accepté, & tous deux estans demeuré d’accord du lieu jusques où ils dévoient courrir, ils prirent le Renard pour leur Juge. La Tortuë partit en mesme temps, & le Lièvre luy laissa prendre tel advantage qu’elle voulut, s’imaginant qu’il y seroit assez-tost pour la vaincre. Voilà cependant qu’à force d’aller, elle se rendit insensiblement aux bornes prescriptes, & gagna par ce moyen le prix de la course. Dequoy le Lièvre bien étonné, maudit tout haut sa nonchalance, & la trop bonne opinion qu’il avoit eue de soy-mesme. Mais le Renard s’en mocquant ; Mal-avisé que tu es, luy dit-il, Apprends une autrefois à ne croire point ta folle tesle, & à te servir de tes jambes au besoin. – “Du Lièvre et de la Tortuë”

Raphaël Trichet du Fresne, 1611-1661

Le Lievre se mocquoit de la Tortue, & luy disoit qu’elle estoit une vilaine beste, pesante, & sans esprit. La Tortue se voyant si mal-traitée de paroles, luy dit que sa pesanteur ne l’empescheroit pas de courir contre luy, & qu’elle avoit assez d’esprit pour se conduire en sorte qu’elle sçauroit bien emporter la victoire. Le Lievre accepta le défi, & après avoir convenu d’un lieu assez éloigné jusques auquel il falloit courir, la Tortue se mit tout doucement en chemin. Le Lievre qui se mocquoit d’elle, & qui se confioit à sa disposition, se prit à dormir, s’imaginant qu’il atteindroit la Tortue quand il luy plairoit : mais après avoir dormy trop long-temps, & s’estre éveillé, se ressouvenant de sa gageure, il se mit à courir, & arrivant au lieu de l’assignation, il y trouva la Tortue, qui se mocqua de luy, & emporta la victoire.

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