Le Dépositaire infidèle, analyse

Le Dépositaire infidèle commentée par Louis Moland

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Le Dépositaire infidèle commentée par Louis Moland :


Fable I. Le Dépositaire infidèle.

Fable indienne qui se trouve dans le Livre des lumières de David Sahid, Ch. I, f. 36.

Des traits comme ceux que rapporte La Fontaine se rencontrent dans toutes les littératures et chez tous les peuples, ” À fanfaron, fanfaron et demi, » c’est un des dictons que la Sagesse des nations a enrichis d’assez jolis commentaires. Deux Arabes se promenaient le soir non loin de leurs tentes. L’un d’eux s’arrête, et, pour railler son compagnon : ” Entends-tu. dit-il tout à coup en faisant semblant de prêter une oreille attentive, entends-tu les bruits des moulins du ciel qui sont en train de moudre la farine pour les élus? — Par ma foi! répond l’autre baissant la tête et secouant ses oreilles avec la paume de la main, je sens le son qui tombe sur moi. » Quand ce sont des princes qui rivalisent ainsi de vanteries hyperboliques, il faut prendre garde : les conséquences sont quelquefois redoutables. Deux rois gallois, Ninniaw et Pebiaw, faisaient comme ces Arabes dont nous venons de parler, ils se promenaient par une belle nuit : « Vois, dit l’un, comme je possède un champ immense et magnifique.— Quel est-il ? — Le firmament tout entier, aussi loin que la vue peut s’étendre. — Et toi, vois-tu quels troupeaux innombrables je possède, qui paissent dans ton champ? — El lesquels? — Toute la troupe des étoiles, troupeau à la toison brillante, dont la lune est la surintendante et la bergère. — Elles ne pâtureront point dans mon champ! dit Ninniaw. — Elles le feront, répliqua Pebiaw.— Non. — Si. » Une grande querelle surgit, à cette occasion, entre les deux princes. Ils déciment réciproquement leurs peuples et ravagent leurs pays. Un troisième roi, plus puissant qu’eux, apprenant le motif de la guerre qu’ils se livrent, intervient en déclarant que le vaste champ et les troupeaux lui appartiennent également; il bat à la fois Ninniaw et Pebiaw et leur fait couper la barbe, ce qui était la plus grande humiliation qu’on pût infliger à des rois gallois. N’est-ce pas là souvent l’histoire des grandes guerres qui exterminent les peuples?

Dans les fabliaux du moyen âge, on trouve une réplique plus spirituelle encore à un de ces menteurs dont parle le poète :
« Gauvain, suivi d’Huguet, son fidèle écuyer. se rendait à Saint-Jacques de Compostelle, lorsque maître renard, cherchant aventure, vint à croiser leur chemin. « Voilà, dit Gauvain, un « renard de belle taille. — Oh! seigneur, dit Huguet, j’en ai vu de bien autrement gros, il y en a de la taille d’un boeuf. — Belle fourrure, répond sire Gauvain, pour le chasseur qui en profite?. » L’écuyer, déconcerté par la réponse équivoque de son maitre, se tut. Quelques heures plus tard, ce chevalier se mit en prière : « Beau sire Dieu, préserve-nous de la tentation de mentir ou donne-nous la force de réparer notre faute, afin que nous puissions traverser l’Ebre! L’écuyer, surpris, demanda pourquoi cette prière. « Ne sais-tu pas que l’Ebre, qu’il faut absolument passer pour arriver à Saint-Jacques, a la propriété de submerger celui qui a menti dans la journée, à moins qu’il ne s’amende? » Ils continuent leur chemin. On arrive à la Zadorra. « Est-ce là l’Ebre ? demande tout de suite Muguet. — Non, nous en sommes encore assez loin. — Mais, pour y penser, reprend Huguet, ce renard n’était peut-être que de la grosseur d’un veau. — Que m’importe ton renard? » On arrive à une autre rivière. « Est-ce là l’Ebre? s’écrie Huguet. — Non, pas encore— Vraiment, monseigneur, ce renard dont je vous parlais n’était pas, je m’en souviens mieux, plus gros qu’une brebis. » On découvre Miranda. « Voilà l’Ebre, dit Gauvain, et le terme de notre première journée. — Ah! mon bon maître, s’écrie l’écuyer tremblant, je vous proteste que ce renard était tout au plus aussi gros que celui de ce matin. — Et moi, mon cher Huguet, je te jure que les eaux de l’Èbre ne sont pas plus redoutables que celles de la Garonne. »

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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