Le Curé et le Mort

Le Curé et le Mort

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Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s’agit que du salaire.
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
Monsieur le Mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts.
Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s’en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

Analyse de Chamfort :

Le Curé et le Mort

—  Que de grâce dans la peinture, faite par le poète, de cette faiblesse, si naturelle aux hommes, d’ouvrir leur âme à la moindre lueur d’espérance ! Il se met lui-même en scène, car il ne se pique pas d’être plus sage que ses lecteurs ; et voilà un des charmes de sa philosophie.

Commentaire de Walckenaer:

le-cure-et-le-mort-jjgrandvilleJe suis gros Jean comme devant. Expression burlesque, mise en usage par Rabelais pour désigner un homme sans conséquence, et qui est ici d’autant plus plaisante que notre poète se nommait Jean. Voyez Rabelais, Pantagruel, second prologue du livre IV, t. II, p. 28 de l’édit. in-4°.
Jean Chouart est le nom qu’on trouve plusieurs fois dans Rabelais, pour un batteur d’or.
– Dans toutes les éditions publiées par La Fontaine on lit propette ; le mot est de lui. On en a fait proprette, qui ne se trouve pas dans la première édition du dictionnaire de l’Académie. Les éditeurs qui impriment ce dernier mot font un anachronisme.
– L’accident arrivé après la mort de M. de Boufflers, et que madame de Sévigné a raconté dans une de ses lettres, en date du 26 février 1672, a fourni le sujet de cette fable. Madame de Sévigné envoya cette fable à sa fille avec une lettre, en date du 9 mars de la même année.

Anecdote rapportée par Paul Lacroix :

Je crois que l’anecdote suivante sur une des meilleures fables de l’immortel La Fontaine, vous fera plaisir, Monsieur, et que vous en ferez part à vos lecteurs. Je la tiens, cette anecdote, de feu M. l’abbé d’Olivet ; la source en est bonne comme vous savez...lire la suite

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On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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