Le Corbeau et le Renard, par Jauffret

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Le Corbeau et le Renard, par Jauffret


Certain jour que des prés il rasait la surface.
Maître Corbeau, sur le gazon,
Trouve un morceau de chair. Soudain l’oiseau vorace,
Ignorant que l’appât recèle du poison,
L’enlève, et prend son vol vers le prochain vallon.
Là, perché sur un arbre et contemplant sa proie,
Avant de l’avaler, il croasse de joie.
Heureusement pour lui, ses sauvages accens
Que les échos rendaient encore plus perçans,
Attirent un Renard. L’hypocrite compère,
De loin lorgne le mets, l’examine, le flaire,
Estime qu’il sera des plus appétissants.
Il salue humblement le sire au noir plumage :
Oiseau de Jupiter, accepte mon hommage!
Cria-t-il au Corbeau. Que je dois te bénir?
Tu nourris ma vieillesse avec un soin unique,
Et d’un Renard goûteux, cassé, paralytique,
Ta bonté, chaque jour, veut bien se souvenir.
Pour qui me prends-tu, je te prie?
Interrompt le Corbeau.— Pour l’aigle généreux,
Appui de ma mourante vie,
Qui daigne, chaque jour, venir du haut des cieux,
Messager d’un Dieu tutélaire,
M’apporter à dîner dans ce lieu solitaire.
—Oh! oh! je passe donc pour un aigle, à ses jeux!
Dit le Corbeau tout bas: il s’y connaît, je pense.
Avec l’aigle, en effet, j’ai quelque ressemblance.
Allons… de l’envoyé du souverain des Dieux
Soutenons jusqu’au bout le rôle glorieux,
Et donnons au Renard ce mets pour récompense.
Il dit, lâche sa proie, et regagnant les airs,
Feint de se diriger au séjour des éclairs.
Le Renard, d’une dent gloutonne,
Fond sur le mets empoisonné.
Vous devinez son sort. Bientôt l’infortuné
Ressent d’affreux tourments. Il s’agite, il frissonne
A l’aspect du trépas dont l’horreur l’environne.
Il expire dans les douleurs.
Que ne peuvent ainsi périr tous les flatteurs!

Jean-François Jauffret

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