Le Corbeau et le Renard Fable de Richer

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Richer fait prendre au corbeau sa revanche sur le renard

C’est toi seul que j’invoque, Illustre Lafontaine,
Quand je remets, après loi , sur la scène
Compère le renard avec maître corbeau.
Sans le secours de ton génie
Comment pourront-ils plaire ? en vain dans mon mon cerveau
Je chercherais un tour nouveau.
C’est par la divine harmonie,
L’enjoûment de ton style et sa naïveté ?
Qu’un lecteur peut être enchanté.
Voilà le charme de la fable ;
C’est par-là que ton livre aimable,
Présent de l’immortalité,
Sera toujours chéri de la postérité.
Mais comment marcher sur tes traces ,
Me dira-t-on, si ce n’est de bien loin ?
Aussi j’ai seulement besoin
De quelques-unes de tes grâces ;
C’en est assez pour orner mes écrits.
Inspire-moi dans cet ouvrage ;
Mes vers plairont : c’est à ce prix
Que les neuf Sœurs m’ont promis leur suffrage,
Maître corbeau , voyant maître renard
Qui portait un morceau de lard , Lui dit :
Que tiens-tu là , compère ?
A mon avis , c’est un très-mauvais plat.
Je te croyais le goût plus délicat.
Quand tu peux faire bonne chère.
T’en tenir à du lard ! tu n’es qu’un pauvre hère.
Regarde près d’ici ces poules , ces canards :
Voilà le vrai gibier de messieurs les renards.
As-tu donc oublié ton antique prouesse?
Je t’ai vu cependant jadis un maître escroc.
Crois-moi t laisse ton lard : ces poules te sont hoc,
Si tu veux employer le quart de ton adresse.
Maître renard ainsi flatté,
Comme un autre animal sensible, à la louange ,
Met bas sa proie et prend le change :
Mais sa finesse et son agilité
Ne servirent de rien : car la gent volatile
Gagna le poulailler, son ordinaire asile.
Notre renard retourne à son premier morceau ;
Mais las ! qu’il fut honteux de voir maître corbeau
Qui le mangeait, perché sur le branchage
D’un arbre sec, et qui lui dit : Ami,
A trompeur trompeur et demi ;
Te souvient- il de ce fromage
Que tu m’escroquas l’autre jour ?
Je fus un sot alors; et tu l’es à ton tour.

corbeau-renard-Apologies-to-LaFontaine-Illustrations-Peter-Newell-1898-2Henri Richer, littérateur, né en 1685 à Longueil, dans le pays de Caux, fut d’abord destiné au barreau et se fit recevoir avocat au parlement de Rouen. Mais un goût irrésistible pour les lettres l’ayant détourné de cette carrière, il vint s’établir à Paris, y obtint quelques succès par ses talents, et y mourut en 1748.

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