Le conte Féronde ou le Purgatoire, analyses

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Contes

Jean de La Fontaine – Conte : Féronde ou le Purgatoire

 

feronde-ou-le-purgatoire_contes_la_fontaine_Féronde ou le Purgatoire – La Fontaine a directement emprunté ce conte à Boccace, nouvelle III de la VIIIe journée du Décameron. En voici le sommaire en italien : « Feronda, mangiata certa polvere, è sotterrato per morto, e dall’ abate, che la moglie di lui si gode, tratto délla sepoltura e messo in prigione e fattogli credere che egli è in purgatorio ; e poi risuscitato, per suo nutrica un figliuolo dello abate nella moglie di lui generato. »
La dernière nouvelle de la Terza cena del Lasca offre un récit qui mérite d’être comparé avec celui de Boccace et de La Fontaine. En voici le sommaire :

« Lorenzo Vecchio de’ Medici da due travestit ! fa condurre maestro Manente ubriaco una sera dopo cena segretamente nel suo palagio, e quivi e altrove lo tiene senza sapere egli dove sia, lungo tempo al buio, facendogli portar mangiare da due immascherati ; dopo, per via del Monaco buflone da a credere alle persone lui esser morto di peste, perciocchè cavato di casa sua un morto, in suo scambio lo fa disotterrare. Il Magnifico poi con modo stravagante manda via maestro Manente, il quale finalmente, creduto morto du ognuno, arriva in Firenze, dove la moglie, pensando che fusse l’anima sua, lo caccia via corne se fusse lo spirito, e dalla gente avuto la corsa, trova solo Burchiello che lo riconosce, e piatendo prima la moglie in vescovado, e poi alli Otto, è rimessa la causa in Lorenzo, il quale fatto venire Nepo da Galotrana, fa veder alle persone ogni cosa essere intervenuta al medico per forza d’incanti ; sicche riavuta la donna, maestro Manente piglia per suo avvocato san Cipriano.
« Laurent de Médicis l’Ancien fait conduire le soir dans son palais, par deux hommes travestis, le docteur Manente ivre, et le tient là et ailleurs dans les ténèbres, sans lui apprendre où il est, lui faisant porter à manger par deux hommes masqués. Après cela, par le moyen du bouffon Monaco, ayant fait accroire qu’il est mort de la peste, il fait prendre à sa porte un mort que l’on enterre à sa place. Alors le Magnifique fait transporter ailleurs le docteur d’une manière extraordinaire ; et tandis que tout le monde croit le médecin mort, il arrive à Florence. Sa femme veut le chasser comme un esprit qui revient. On le poursuit, et il ne se trouve que Burchiello qui le reconnaisse. Manente va accuser sa femme à l’évêché, puis aux Huit : l’affaire est renvoyée par devant le Magnifique, qui fait venir Népo de Galatrona et montre que tout ce qui est arrivé au médecin est l’effet d’un sortilège. Manente recouvre sa femme et prend pour patron saint Cyprien. »
Des contes analogues existent avant et après Boccace. Un fabliau de Jean de Boves, le Villain de Bailleul, est fondé également sur une mort imaginaire. Voyez aussi Contes et joyeux Devis de Bonaventure des Perriers, nouvelle LXX : « De maître Berthaud, à qui on fit accroire qu’il estoit mort. » Voyez Novelle Porretane, n° 61 ; — Malespini, Ducento Novelle, n° 95 de la seconde partie ; — le Grand parangon des Nouvelles nouvelles, n° 87. Il n’est pas besoin de rappeler la fable de l’Ivrogne et sa Femme (III, 7).
La même idée a été souvent exploitée au théâtre. Elle a fourni notamment le deuxième acte des Trois Commères, de Le Sage, d’Orneval et Piron (1723),
Le prologue sur le Vieil de la Montagne a été suggéré à La Fontaine par une phrase du Décaméron, où il est dit que la poudre dont se servit l’abbé pour endormir Féronde était « una polvere di maravigliosa virtu laquale nelle parti di Levante avuta avea da un gran principe, il quale affermava quella solersi usare per lo Veglio della Montagna, quando alcun voleva dormendo mandare nel suo paradiso o trarlone. » L’histoire du Vieil de la Montagne a été racontée par le célèbre voyageur Marco Polo, chapitres XL et XLI de sa Relation :
« Mulette (Alamont) est une contrée où le Vieil de la Montaigne souloit demourer anciennement ; et veult dire mulette en françois : diex terrien. Or vous conterai toute son affaire selonc ce que le dit messire Marc Pol, qui Poy conter à pluseurs hommes de celle contrée. Le Vieil estoit appelez en leur language Aloadin (Ala-ed-din). Il avoit fait fermer entre deux montaignes, en une vallée, le plus grand jardin et le plus beau qui onques fust veuz, plains de tous fruiz du monde ; et y avoit les plus belles maisons et les plus beaus palais qui oncques feussent veuz, touz dorez et pourtraiz de toutes choses moult bien. Et si y avoit conduis qui couroient moult bien de vin et de lait et de miel et d’aigue (eau) ; et plain de dames et de damoiselles les plus belles du monde, qui savoient sonner de touz instrumens et chanter moult bien, et dansoient si que ce estoient uns deliz de ce veoir. Et leur faisoit entendant, le Vieil, que ce jardin estoit paradis. Et pour ce l’avoit-il fait de telle manière que Mahomez dist que leur paradis seroit beaus jardins plains de conduis de vin et de lait et de miel et d’aigue, et plains de belles femmes au delit de chascun, en celle manière comme celui du Vieil. Et pour ce croient-il que ce fust paradis.
« En cel jardin n’entroit nulz homs, senon ceus que il vouloit faire ses Hasisins. Il avoit un chastel à rentrée de cel jardin, si fort que tout le monde ne le pourroit prendre, et ne povoit on entrer en cel jardin que par illec. Il tenoit en sa court joenes enfans de douze ans, de sa contrée, qui avoient volenté d’estre hommes d’armes ; et leur disoit comment Mahommet disoit que leur paradis estoit de la manière que je vous ai dit ; et ceus le créoient comme Sarrasins le croient, Et les faisoit mettre dedans cel jardin par dix et par six et par quatre ensemble, en cest manière ; car il leur faisoit boivre un buvrage de quoi ils s’endormoient maintenant ; puis jes faisoit prendre et mettre en son jardin. Et quand ils s’esveilloient si se treuvoient là.
« Quand il se treuvent léans et il se voient en si beau lieu, cuident estre en paradis vraiement. Les dames et les damoi-selles les soulacent touzjours à leur volenté, si que les jeunes ont ce que ils veulent avoir, et jamais à leur voulenté n’istroient de laiens. Le seigneur Vieil, que je vous al dit, si tient sa court noble et grant, et fait acroire à cele simple gent, qui li est entour, que il est un grant prophete. Et ainsi le croient certainement. Et quant il veut avoir de ses Hasisins pour envoier les en aucun lieu, si leur fait donner de ce buvrage à aucuns qui sont en cel jardin, et si le fait porter en son palais. Et quant il est esveilliez, si se treuve hors de son paradis et n’en est pas trop aise. Le Vieil le fait venir devant lui, et si s’umilie moult vers lui comme celui qu’ils croient qu’il soit vrais prophetes. Et il leur demande dont ils viennent. Et Ils dient que ils viennent de paradis, et dient que il est tel comme Mahomet dist en leur loy. Et li autres qui ce oient et ne l’ont veu, si y ont grant voulenté d’aler.
« Et quant il veut faire occire un grand seigneur, si leur dist : « Alez et occiez tel personne; et quant vous serez « retournez, je vous ferai porter par mes angles (anges) en paradis. Et se vous morez là, je manderai à mes angles que ils vous portent arriéres en paradis. » Et ainsi leur faisoit acroire; et pour ce faisoient tous son commandement qu’ils ne laissoient pour nul péril, pour le grant talent que ils avoient de tourner arrière en son paradis. Et par ceste manière faisoit le Vieil occire touz ceus que il leur comman-doit. Et pour la très grant doute que les seigneurs avoient de lui, si li rendoient treu (tribut) pour avoir paix à lui et amistié. »
Marco Polo n’avait entendu raconter sur les Ismaéliens que les récits fantastiques du vulgaire. Pour que le Vieux de la Montagne eût à sa disposition, afin de faire trembler les souverains de l’Asie et tous ceux qui s’opposaient à sa puissance, des adeptes aussi dévoués, aussi fanatiques que ceux qui exécutaient ses volontés, il fallait autre chose que les jouissances qu’on nous décrit. L’enseignement secret communiqué aux initiés était seul capable de donner aux Ismaéliens cette trempe de caractère qui en faisait des instruments d’autant plus énergiques et redoutables qu’ils avaient l’intelligence de leurs actes.(G. Pauthier, le Livre de Marco Polo, Paris, Firmin Didot, 1865, tome I, p. 101.)

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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