Le chêne et le Roseau

Le chêne et le Roseau, La Fontaine

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Le Chêne un jour dit au Roseau :
“Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet* pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent*.
La nature envers vous me semble bien injuste.
– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. “Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Notes d’Henri Regnier

Le chêne et le Roseau :

chene-roseau-par-david-johannot-adam-etc— « Cet apologue est non-seulement le meilleur de ce 1er livre, dit Chamfort, mais il n’y eu a peut-être pas de plus achevé dans la Fontaine. Si l’on considère qu’il n’y a pas un mot de trop, pas un terme impropre, pas une négligence ; que, dans l’espace de trente vers, la Fontaine, en ne faisant que se livrer au courant de sa narration, a pris tous les tons, celui de la poésie la plus gracieuse, celui de la poésie la plus élevée, on ne craindra pas d’affirmer qu’à l’époque où cette fable parut, il n’y avait rien de ce ton-là dans notre langue. Quelques autres fables, comme celle des Animaux malades de la peste, présentent peut-être des leçons plus importantes, offrent des vérités qui ont plus d’étendue, mais il n’y en a pas d’une exécution plus facile. »

— « C’est une tradition constante parmi les gens de lettres, dit Walckenaer (Histoire de la Fontaine, livre III, tome I, p. 298), que de toutes ses fables, celle que La Fontaine préférait était celle qui a pour titre : le Chêne et le Roseau. » — Robert (tome I, p. 86-90) donne un très curieux extrait du vieux poème, Regnart lecontrefait, où le lieu de l’action est la rive de Seine, le temps, celui du grand flos (de la grande crue) de 1318 ; et où l’apologue est appliqué d’abord aux Flamants vaincus par Philippe le Bel à Mons-en-Puelle (1304), et par Philippe de Valois à Cassel (1328) :

A Mons en Peule et à Cassel
La y ot de mors maint monsel…
En l’an mil trois cent et vingt-huit,
Tant par le iour que par la nuit,
Le roi Philippe tant venta
Que trestous les Flamens mata ;

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« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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