Le Chameau et les Bâtons flottants

Le Chameau et les Bâtons flottants

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Le premier qui vit un Chameau
S’enfuit à cet objet nouveau ;
Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le Dromadaire.
L’accoutumance ainsi nous rend tout familier.
Ce qui nous paraissait terrible et singulier
S’apprivoise avec notre vue,
Quand ce vient à la continue.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet,
On avait mis des gens au guet,
Qui voyant sur les eaux de loin certain objet,
Ne purent s’empêcher de dire
Que c’était un puissant navire.
Quelques moments après, l’objet devient brûlot,
Et puis nacelle, et puis ballot,
Enfin bâtons flottants sur l’onde.
J’en sais beaucoup de par le monde
A qui ceci conviendrait bien :
De loin c’est quelque chose, et de près ce n’est rien.

Notes de Chamfort :

– Le premier qui vit un Chameauetc. La précision qui règne dans ces quatre premiers vers, exprime à merveille la facilité avec laquelle l’homme se familiarise avec les objets les plus nouveaux pour lui et les plus effrayant. Au reste , ce n’est pas là un Apologue.

Notes de A. de Closset :

le-chameau-et-les-batons-flottants-jjgrandvilleDromadaire. Le poète emploie indifféremment les mots dromadaire et chameau. Celui-ci a deux bosses; le dromadaire, espèce de chameau, a une seule bosse.
Accoutumance, habitude de faire ou de souffrir quelque chose. Ce terme est tombé en désuétude.
Mainte chose detplalt novele
Qui par acostumance est bête.
(J. de Meung, vers. 7177.)
S’apprivoise avec notre vue. Transposition poétique d’idées. C’est la vue qui s’apprivoise avec les objets et non les objets avec la vue.
A la continue, sans interruption. Expr. fam. et surannée, – Enfin bâtons, etc. C’est tout le contraire de ce qui arrive réellement, la distance diminuant beaucoup les proportions des choses. Le sens moral est parfaitement vrai, le sens propre est absurde. (Ch. Nodier.)
Deprès ce n’est rien. » De bien des gens il n’y a que le nom qui vaille quelque chose ; quand vous les voyez de fort près, c’est moins que rien ; de loin, ils imposent. » (La Bruyère, – Caractères du mérite personnel..) Le dernier vers de cet apologue rappelle la pensée de Tacite : Major e longinquo reverentia.

Notes de Pierre Larousse :

Le fabuliste conclut par ce vers :
De loin, c’est quelque chose, et de près ce n’est rien.
Quoique La Fontaine commette ici une hérésie d’optique, les bâtons flottants n’en sont pas moins passés en proverbe, pour désigner toute chose ou plutôt toute personne qui perd à être vue de près. C’est, dans un ordre d’idées plus général, le Major e ionginquo reverentiu des Latins.

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