Lais et fables de Marie de France

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Lais et fables de Marie de France


Lais et fables de Marie de France
Lais et fables de Marie de France

Le treizième siècle nous offre un recueil de fables fort cu­rieux , c’est celui de Marie de France. Marie peut être regardée avec justice comme la Sapho de son siècle ; malheureusement elle ne nous apprend presque rien sur ce qui la concerne. Elle nous dit bien qu’elle est née en France, mais elle ne désigne point la province, et ne fait pas connaître les motifs qui la firent passer en Angleterre. Cependant certaines raisons font conjec­turer qu’elle naquit en Normandie ou en Bretagne.

Le premier ouvrage de Marie est une collection de lais en vers français. Ces pièces sont différentes histoires ou aven­tures mémorables de nos preux chevaliers, et, selon le goût de ces temps-là, elles sont toujours remarquables par quelque ‘ dénouement singulier et souvent merveilleux. Ces lais sont, dans ce genre, le plus ample et le plus antique monument qui nous soit resté de la poésie anglo-normande.

Ils furent très-agréablement reçus, et firent surtout les délices des femmes de son temps. Marie les dédie à un roi ; mais quel est ce roi ? C’est ce qu’on savait de son temps, et c’est ce qu’il faut que nous devinions aujourd’hui. Bien des raisons por­tent à croire que c’est à Henri d’Angleterre. Ces lais, ou au moins ceux qui sont parvenus jusqu’à nous, sont au nombre de douze.

Ces petits poèmes sont très-intéressants sous le rapport de l’ancienne chevalerie : les mœurs et les usages sont décrits avec un pinceau toujours vrai, toujours agréable. Marie attache ses lecteurs par le fond de ses histoires, par l’intérêt qu’elle sait y répandre, et par le style simple et naïf avec lequel elle raconte. Malgré sa narration rapide et coulante, rien n’est oublié dans ses détails, rien ne lui échappe dans ses portraits.

Le second ouvrage de Marie est une collection de fables dites Esopiennes, qu’elle a mises en vers français.

Ces fables sont écrites avec celte sagacité qui sonde le cœur humain, et en même temps avec cette simplicité, celte naïveté de style si propre à notre langue romane et qu’on retrouve dans La Fontaine qui a, croyons-nous, plus imité Marie que les fabulistes de Rome et d’Athènes. Celle charmante collection de fables varie de cinquante-quatre à trois cents.

D’un Gresillon e d’un Fromi

D’un Gresillon dist la ménière
Qui dusqu’à une fromiéère
El tans d’y vers esteit alez,
Par aventure enz est entrez;
La viande demanda et quist,
Car n’en aveit nient ce dist
En sa mesun , n’en snn recet .
Dist la Formiz, k’as-tu dune fet
Kant tu déusses gaaingnier
En mois d’aoust è purchacier.
Je chantai, feit-il, è déduiz
Les autres Bestes , mais ne truiz
K’il me voille guerreduner,
Pur ce m’estuet ehsi aler;
Dist la Fromiz, or chante à mei,
Par cele fei que jeo te dei ;
Melx fust que tu te purchacasses
En mois d’aoust è gaaignasses,
Ke venisses de freit murant
A mun wuis viande querant ,
Pur coi te dunrai-je à mengier
Qant tu ne me pues mais aidier.

Moralité :

Pur ce deffent que nus ne vive
En nun-caloir ne en widive
Selunc ce que chascuns deit faire
Se doit pener de bien atraire.
Plus est chiers cil qi a quoi prendre
Que s’a l’autrui l’estuet atendre.

– Cette fable est aussi intitulée dans le man. M, n° 17, dou Criquet et de la Fromi, et dans le n° 7615, D’un Cucu et d’un Formiz, et dans d’autres de un Crisnon.
La Fontaine. La Cigale et la Fourmi, liv. I, ch. I.
– On voit que, dès le temps de Marie, ou prétendait que la nature avait accordé à la fourmi une sorte de prudence ou plutôt d’instinct, qui consistait à faire des provisions pour se nourrir pendant l’hiver. Cette opinion, suivie par la Fontaine et généralement reçue, est démentie par les observations modernes. (D’un Gresillon e d’un Fromi)

 

 

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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