La vie de Voltaire

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La Vie de Voltaire


François-Marie Arouet, dit Voltaire, né le 21 novembre 1694 à Paris, ville où il est mort le 30 mai 1778 (à 83 ans), est un écrivain et philosophe français qui a marqué le XVIIIe siècle.


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On a épuisé sur Voltaire le blâme et l’éloge : pour ses partisans ce fut un demi-dieu, pour ses adversaires ce ne fut qu’un homme dangereux et méprisable. Ce qu’il y a de certain, c’est la supériorité de son génie : il semble que la nature ait voulu montrer dans cet écrivain tout ce qu’un mortel peut rassembler de talents. Pendant un demi-siècle il a dominé sur la littérature européenne, et les efforts réunis de ses nombreux détracteurs ne purent le dé¬pouiller de cette suprématie.
Il était encore sur les bancs de l’école que déjà d’illustres personnages applaudissaient à ses succès. « Des dames de ma con¬naissance, dit J. B. Rousseau, m’avaient mené voir une tragédie des Jésuites, au mois d’août de l’année 1710. A la distribution des prix, qui se faisait ordinairement après ces représentations, je re marquai qu’on appela plusieurs fois le même écolier. Je demandai au P. Tarteron, qui faisait les honneurs de la chambre où nous étions, qui était ce jeune homme si distingué parmi ses camarades. Il me dit que c’était un petit garçon qui avait des dispositions surprenantes pour la poésie, et me proposa de me l’amener ; à quoi je consentis. Il l’alla chercher, et je le vis revenir un moment après avec un écolier qui me parut avoir seize à dix-sept ans, d’assez mauvaise physionomie, mais d’un regard vif et éveillé, et qui vint m’embrasser de fort bonne grâce… »
Voltaire fit sa rhétorique sous le célèbre Père Porée. Cet habile professeur, qui savait si bien diriger les jeunes talents de ses élèves, distingua bientôt Arouet entre tous les autres, et il s’appliqua surtout à tirer parti de sa prodigieuse facilité. On raconte qu’un jour, pendant la leçon, le jeune écolier, s’amusant d’une bonbonnière, excita le mécontentement du professeur, qui exigea qu’elle lui fût remise et déclara qu’elle était confisquée au profit des pauvres, à moins toutefois que le possesseur de ce jouet ne la rachetât par une pièce de vers composée sur ce sujet avant la fin de la séance. L’élève fit sur-le-champ ces vers :

Adieu, ma pauvre bonbonnière,
Adieu, je ne te verrai plus ;
Ni soins, ni larmes, ni prière,
Ne te rendront à moi ; tous mes pas sont perdus :
J’irais plutôt vider les coffres de Plutus.
Mais ce n’est point en lui que l’on veut que j’espère ;

Pour te revoir, hélas ! il faut prier Phébus,
Et de Phébus à moi si forte est la barrière,
Que je m’épuiserais en efforts superflus.
C’en est donc fait !

Adieu, ma pauvre bonbonnière,
Adieu, je ne te verrai plus!

Son père, ancien notaire au Châtelet, voulut qu’au sortir du collège il étudiât la jurisprudence ; le jeune homme s’efforça d’abord de se conformer à la volonté paternelle, mais ce fut en vain ; sa vive et brillante imagination l’emportait constamment loin de la carrière qu’on lui avait tracée ; il ne rêvait que poésie, et il n’en trouvait guère dans le Digeste. Enfin, impatienté du joug, il le brisa. Le père irrité menaça ; le fils n’en tint compte, et les menaces furent exécutées : il fut déshérité et chassé de la maison paternelle.
Ainsi abandonné à lui-même, le jeune poète commit bien des fautes que son inexpérience et la vivacité de son caractère peuvent à peine excuser ; il pava cher surtout la mordante causticité qui se révèle constamment dans ses ouvrages.
A la mort de Louis XIV, une satire très-piquante sur ce prince fut distinguée parmi beaucoup d’autres que l’on prodiguait à sa mémoire ; cette pièce se terminait par ce vers :

J’ai vu ces maux, et je n’ai |pas vingt ans !

On chercha quel pouvait être le poète qui avait tant vu de choses dans un âge si peu avancé, et la connaissance que l’on avait du caractère de Voltaire fit soupçonner qu’il pouvait en être l’auteur. En conséquence, il fut mis à la Bastille, où il expia sa verve satirique par une année de détention. Le succès de la tragédie d’Œdipe, que l’on représenta à la Comédie-Française pendant qu’il était sous les verrous, le réconcilia avec son père et contribua sans doute à son élargissement. Le jeune poète alla remercier le régent, qui lui dit : « Soyez sage, et j’aurai soin de vous. — Je remercie Votre Altesse Royale, dit Voltaire, mais je la supplie de ne plus se charger de mon logement ni de ma nourriture. »
Ce fut en Angleterre qu’il chercha un asile. Il trouva dans cette terre classique de la liberté ce qu’il eût cherché vainement dans sa patrie, un esprit de tolérance, un développement et un amour des sciences qui n’étaient point encore dans nos mœurs; il y apprécia la sagacité des historiens, et peut-être en secret le génie de Shakespeare, dont au reste il ne convient pas, et qu’il appelait un sauvage ivre; il y puisa surtout cette haine vigoureuse de l’arbitraire, ce goût d’indépendance qui règne dans ses écrits et qui suscita contre lui tant d’orages. Il forma dès lors le projet de combattre les privilèges, de détruire ce qu’il appelait les préjugés; mais les armes du raisonnement ne lui semblèrent point les plus redoutables : il en employa de plus légères en apparence, mais dont les blessures n’étaient pas moins certaines ; l’ironie amère, le sarcasme poignant, l’audace et la souplesse, le charme d’un style incisif, ingénieux, piquant, furent ses traits les plus dangereux, et il ne les mit que trop souvent en usage dans la guerre incessante qu’il fit aux institutions les plus respectables.
Ce fut pendant son séjour dans la Grande-Bretagne qu’il publia la Henriadey commencée à l’époque de sa première détention à la Bastille. Le roi d’Angleterre et la princesse de Galles figurèrent au nombre de ses souscripteurs. Ce fut là aussi qu’il composa la tragédie de Brutus et celle de la Mort de César, dont quelques scènes sont empruntées à Shakespeare.
Après deux ans d’exil il revit sa patrie. Les haines s’étaient apaisées ; le décès de son père et de son frère l’avait rendu riche, et sa réputation était européenne. II semblait devoir goûter le repos et le bonheur ; mais la publication de ses Lettres philosophiques excita un nouveau scandale. D’après un arrêt du parlement, les Lettres philosophiques furent brûlées, et l’auteur fut de nouveau exilé. Sa vie errante recommença.
Depuis quelque temps Frédéric II le pressait de venir à sa cour, et Voltaire, jaloux de son indépendance, résistait ; mais enfin il céda. Il trouva dans cette cour des honneurs, des distinctions et de la fortune. Le roi lui assigna une pension de vingt mille francs, lui donna le grand cordon de son ordre, la clef de chambellan et un logement dans son palais. Il fut d’abord enivré de cette position brillante ; mais l’enchantement dura peu ; une querelle qu’il eut avec Maupertuis, président de l’Académie des Sciences de Berlin, fut le motif de la froideur qui se manifesta entre le roi et son commensal : le prince, qui protégeait Maupertuis, trouva mauvais que Voltaire fit de ce savant le plastron de ses plaisanteries. Voltaire n’en tint compte et continua. Quelques accès de franchise envers le monarque mirent le comble à ses griefs.
Mais la glace était brisée ; Voltaire, fatigué de la double vanité du poète et du roi, songea à s’affranchir enfin de cette servitude, dont les chaînes n’étaient plus dorées à ses yeux. Cependant, avant de quitter Berlin, il désira voir encore le roi, et il pria l’abbé de Prade, qui était fort bien en cour, de demander pour lui à Frédéric une audience de congé. « J’y consens, dit le roi, mais à condition qu’en amenant Voltaire avec vous vous le laisserez dans la pièce qui précède mon cabinet et que vous m’annoncerez l’objet de sa visite. »
L’abbé de Prade, après avoir fait ce rapport à Voltaire, suivit de point en point l’ordre du monarque. « M. de Voltaire, lui dit-il en entrant, désire, avant de s’éloigner de Votre Majesté, lui témoigner de vive voix toute sa reconnaissance pour les bontés dont elle l’a honoré. — Vous voulez donc, s’écria Frédéric, que je revoie encore cet homme turbulent, passionné, jaloux, ingrat et sans principes’.’… Eh bien, j’y consens ; allez le chercher. »
Mais ce n’était pas son dernier mot ; bientôt il rétracta cette permission ; Voltaire persista dans son dessein, cl, pour arriver plus facilement à son but, il prétexta une fièvre continue et demanda la permission d’aller prendre les eaux de Rade. Le roi lui envoya du quinquina, mais pas de permission. Il crut alors pouvoir s’en passer et quitta furtivement Berlin. Frédéric, irrité, envoya à la poursuite du fugitif ; on l’atteignit à Francfort.
Par mégarde, il avait emporté quelques vers manuscrits de ce roi bel esprit ; ce fui là le prétexte des mauvais traitements qu’il subit de la part de celui qui l’avait appelé son ami. Un certain Freytag, officier prussien, fut l’instrument de la vindicte royale : il traita le fugitif avec la plus grande rigueur, et le tint prisonnier jusqu’à ce qu’il eût rendu les œuvres de pohésies du roi sou maître. Les malles de Voltaire arrivèrent enfin, et l’œuvre de pohésie fut restituée. Le prétexte de à détention n’existant plus, la consigne fut levée, et le prisonnier put continuer sa route.
Quand les années eurent affaibli les forces physiques de Voltaire, son imagination resta jeune et fraîche, et son ardeur n’en fut point ralentie. Il travaillait habituellement dans son cabinet jusqu’à midi : on lui apportait alors son café ; il s’habillait ensuite et sortait en voiture pour aller se promener dans ses bois, avec son secrétaire ; puis il se remettait au travail jusqu’à huit heures. Il paraissait au souper, excepté quand il était occupé à préparer quelque nouvelle production pour la presse, ou qu’il était indisposé ou de mauvaise humeur.
Le matin n’était pas un temps favorable pour le visiter ; il ne pouvait souffrir que ses heures d’étude fussent interrompues ; cela seul suffisait pour le mettre en colère. D’ailleurs il avait souvent de la disposition à quereller, soit qu’il souffrit des infirmités inséparables de la vieillesse, soit qu’il eût des causes de chagrin accidentelles. Quelle qu’en fût la raison, il était moins optimiste dans cette partie du jour que dans toutes les autres.
Voltaire était d’une taille au-dessus de la médiocre. Sa complexion était sèche, son tempérament éminemment bilieux. Sur son front élevé rayonnait le génie. Ses yeux, d’une vivacité extraordinaire, lançaient des flammes quand une discussion chaleureuse l’animait, qu’une noble pensée exaltait son âme, ou qu’il cédait aux transports de la colère. Ses lèvres étaient habituellement contractées par le sourire malicieux, perfide, d’un homme qui semblait ne voir les travers et les maux de l’humanité que pour s’en moquer, qui montrait en riant le précipice, sans indiquer de route pour l’éviter. Sa physionomie, qui certes n’était pas belle, mais que sa mobilité rendait expressive et frappante, annonçait tout à la fois la pénétration, le génie et une extrême susceptibilité de sentiments.
Presque toujours renfermé dans son cabinet, il prenait rarement la peine de se parer. On le voyait ordinairement en robe de chambre de Perse, avec des souliers gris, des bas gris de fer roulés sur les genoux, une grande veste de basin, une ample perruque et un petit bonnet de velours noir. Quand il s’habillait, c’était avec magnificence et sans goût. « Il mettait, dit encore le prince de Ligne, un bel habit mordoré uni, veste et culotte de même, mais la veste à grandes basques, et galonnée en or à la Bourgogne, galons festonnés et à lames, avec de grandes manchettes à dentelle, jusqu’au bout des doigts ; car avec cela, disait-il, on a l’air noble. »
La complexion délicate de Voltaire l’obligeait à des précautions continuelles ; encore sa santé recevait-elle souvent des atteintes qui interrompaient ses travaux et le contrariaient singulièrement. Cet état valétudinaire l’affectait ; il s’exagérait son mal et l’exagérait aux autres; il ne tint pas à lui qu’on ne crût, pendant cinquante ans, qu’il était à l’agonie, fit le fait est qu’à quatre-vingts ans il lisait sans lunettes, avait l’ouïe fine, était ingambe et peu courbé.
Dans les derniers temps de sa vie, séduit par le désir de revoir Paris et de faire représenter devant lui la tragédie d’Irène, qu’il venait d’achever, il céda aux instances de ses nombreux adeptes et reparut sur ce premier théâtre de sa gloire. Son arrivée mit en émoi la population ; chacun voulait contempler les traits de l’homme célèbre qui, depuis un demi-siècle, occupait les cent bouches de la renommée. II vint à la troisième représentation d’Irène. Dès que l’on sut qu’il devait se rendre au théâtre, les avenues en furent envahies dès le point du jour, et sa présence dans sa loge fut saluée par les plus vives acclamations. Après la représentation, son buste fut couronné sur le théâtre, au milieu de mille cris de joie et d’enthousiasme. II fut obligé, pour sortir, de percer la foule entassée sur son passage. Faible, se soutenant à peine, il avançait péniblement ; mais les gardes qu’on lui avait donnés lui étaient inutiles : à son approche on se retirait avec une respectueuse tendresse ; chacun se disputait la gloire de l’avoir soutenu un moment sur l’escalier ; chaque marche lui offrait un secours nouveau, et l’on ne souffrait pas que personne s’arrogeât le droit de le soutenir trop longtemps.
L’âme passionnée de Voltaire fut profondément attendrie de ces marques multipliées de zèle et d’admiration ; sa santé si faible et si chancelante en reçut une grave atteinte. Une dose trop considérable d’opium qu’il prit pour combattre une insomnie qui le tourmentait acheva de briser sa frêle existence ; ses forces épuisées ne suffirent point pour résister au poison, et il expira le 30 mai 1778.
Ses restes, transportés à l’abbaye à Scellières, près de Troyes, en lurent retirés en 1791, en vertu d’un décret de l’Assemblée nationale, qui leur décerna les honneurs du Panthéon. Lebrun fil pour celte ovation les vers suivants :

0 Parnasse ! frémis de douleur et d’effroi ;
Pleurez, Muses ! brisez vos lyres immortelles !
Toi dont il fatigua les cent voix et les ailes,
Dis que Voltaire est mort, pleure, et repose-toi

Né à Châtenay, près de Paris, en 1694; mort à Paris en 1778.

Illustrations littéraires de la France; ou, Galerie anecdotique de nos principaux auteurs’ peints par leurs actions et leurs écrits … J. B. Maigrot, Lehuby, 1837.


Voltaire, dans sa lettre écrite sous le nom de M. de La Visclède à M. le secrétaire perpétuel de l’Académie de Pau, rend justice à La Fontaine, mais avec des restrictions:
« Il avait, dit-il, ce grand don de la nature, le talent. L’esprit le plus supérieur n’y saurait atteindre. C’est par les talents que le siècle de Louis XIV sera distingué à jamais de tous les siècles, dans notre France si longtemps grossière. II y aura toujours de l’esprit ; les connaissances des hommes augmenteront; on verra des ouvrages utiles. Mais des talents, je doute qu’il en naisse beaucoup. Je doute qu’on retrouve l’auteur de Cinna, celui d’lphigènie, d’Athalie, de Phèdre, celui de l’Art poétique, celui de Roland et d’Armide; celui qui força en chaire, jusqu’à des ministres, de pleurer et d’admirer la fille de Henri IV, veuve de Charles Ier, et sa fille Henriette, Madame… Nous avons quelques comédies très-agréables ; mais un Molière ! je vous prédis très-hardiment que nous n’en aurons jamais. Quelle gloire pour La Fontaine d’être mis presque à côté de tous ces grands hommes!…
« Quand je dis qu’il est presque égal, dans ses bonnes fables, aux grands hommes de son mémorable siècle, je ne dis rien de trop fort. Je serais un exagérateur ridicule si j’osais comparer…»

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