La Montagne qui accouche, commentée

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icon-angle-double-right Louis Moland

Analyses de Sébastien-Roch Nicolas :

V. 8. Dont le récit est menteur, Et le sens est véritable.
Toutes les fables , quand elles sont bien faites , doivent être dans le même cas , et cacher un sens vrai sous le récit d’une action inventée. D’où vient donc La Fontaine n’applique-t-il cette réflexion qu’à l’Apologue actuel ? Serait-ce qu’une montagne prête d’accoucher lui aurait paru plus contraire à la vraisemblance qu’une lime qui adresse la parole à un serpent ? Cela serait une grande bonhommie.
V. 14. Du vent.
Ce vers de deux syllabes fait ici un effet très-agréable ; et on ne peut exprimer mieux la nullité de la production annoncée avec faste. (La Montagne qui accouche).

Commentaires de l’Abbé Marie-Nicolas-Silvestre Guillon :

Rabelais : « La mocquerie est telle que de la Montaigne d’Horace, laquelle crioit et lamentoit énormément comme femme en travail d’enfant. A son cry et lamentation, accourut tout le voisinage, en expectation de voir quelque admirable et monstrueux enfantement; mais enfin ne nasquit d’elle qu’une petite Souris ». Horace a renfermé ce sujet dans un seul vers , qui est un modèle inimitable de précision et d’harmonie imitative. Le ridiculus mus a été imité par La Fontaine dans ces derniers mots: Mais qu’en sort-il souvent ?
Du vent.
Peut-être Boileau est-il aussi précis qu’Horace, mais moins pittoresque :
La Montagne en travail enfante une Souris. (Art  Poétique chapitre 3.)
La fable de Boursault est plus chargée en description : ce n’était point une saillie, c’était un tableau que son genre exigeait de lui. Hagedorn , pour se donner plus de carrière, imagine une espèce d’ordre composite ; et il faut lui savoir au moins gré d’avoir reculé les bornes de l’art. Nous avons eu déjà occasion de parler de cette fable.

Commentaires de Louis Moland :

Fable X. La Montagne qui accouche. Phaedr., IV, 23. — Ugobardi Sulmonensis, 25.
Horace, traduisant un proverbe grec, avait dit en un vers :
Parturient montes, nascetur ridiculus mus.
Rabelais s’est emparé de l’image : « La mocquerie est telle que de la montagne d’Horace, laquelle crioit et lamentoit énormément comme une femme en travail d’enfant. A son cry et lamentation accourut tout le voisinage en expectation de veoir quelque admirable et monstrueux enfantement, mais enfin ne nacquist d’elle qu’une petite souris. » (Liv. III, eh. xxiv.)
Boileau a traduit Horace :
La montagne en travail enfante une souris.
Art poétique, ch.
montagne_qui_accouche_walckenaer_ed_1821Le poète allemand Hagedorn refait la fable de La Fontaine :
” Dieux! secourez-nous! Hommes, fuyez! une montagne en travail va accoucher. Elle jettera autour d’elle, avant que l’on soit sur ses gardes, et le sable et les rochers. — Suffénus sue, il rugit, il écume. Rien ne peut calmer sa noble fureur. Il frappe des pieds, il grince des dents. — Pourquoi ? — Il rime, il veut couvrir Homère de honte. — Mais voyons : que résulte-t-il de part et d’autre? — Suffénus enfante un sonnet et la montagne une souris. »
Lessing donne cet apologue comme un exemple de ce qu’il appelle une fable composée, une fable à deux compartiments, si l’on peut s’exprimer ainsi. Nous en avons déjà rencontré une précédemment : le Coq et la Perle (livre I, fable xx). A ces exemples, Lessing ajoute le suivant :
« On reprochait à la lionne qu’elle ne mettait qu’un petit au monde : Oui, un seul, répondit-elle, mais c’est un lion.
— Je fais sept tragédies dans un an, disait à un poète un rimeur enflé de vanité; mais vous, une en sept ans!
— Oui, une seule, répondit le poète, mais c’est Athalie. »
Nous avons ici l’idée inverse et la contre-partie de la montagne qui accouche.

Source de la fable : Mons parturiens, Phèdre

Mons parturibat, gemitus immanes ciens,
eratque in terris maxima expectatio.
At ille murem peperit.
Hoc scriptum est tibi,
Qui, magna cum minaris, extricas nihil.

La Montagne qui accouche

Une Montagne en mal d’enfant poussait des cris effroyables; le monde s’attendait à des merveilles. Elle accoucha d’une souris.

Ceci te regarde, toi qui fais de grandes promesses, et ne tiens rien. (Mons parturiens)

La Montagne qui accouche par Louis Chambaud

Il courut un jour un bruit qu’une montagne allait accoucher. En effet, elle poussait des cris épouvantables, qui semblaient menacer l’univers de quelque grand prodige. Tout le monde étonné se rendit en foule au pied de la montagne. Mais quelle fut la surprise, quand, après avoir longtemps attendu avec une grande patience, on vit enfin sortir une souris ! Ce spectacle excita la risée de tous les assistants.
Que de bruit pour rien ! On se rend ridicule par des promesses magnifiques qui n’aboutissent qu’à peu de chose..

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On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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