La Harpe : Éloge de La Fontaine

La Harpe : Éloge de La Fontaine

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Éloge de La Fontaine par La Harpe

Jean-François de La Harpe, né le 20 novembre 1739 à Paris où il est mort le 11 février 1803, est un écrivain et critique français d’origine suisse.


Portrait de Jean-François de La Harpe« Je ne crois pas qu’on trouve dans La Fontaine, du moins dans les écrits qui ont consacré son nom, une ligne qui sente la recherche ou l’affectation. Il ne compose point, il converse : s’il raconte, il est persuadé; s’il peint, il a vu : c’est toujours son âme qui s’épanche, qui nous parle, qui se trahit. Il a toujours l’air de nous dire son secret, et d’avoir besoin de le dire. Ses idées, ses réflexions, ses sentiments, tout lui échappe, tout naît du moment. Rien n’est appelé, rien n’est préparé. Tout, jusqu’au sublime, paraît lui être facile et familier: il charme toujours et n’étonne jamais.
« Ce naturel domine tellement chez lui, qu’il dérobe au commun des lecteurs les autres beautés de son style II n’y a qua les connaisseurs qui sachent à quel point La Fontaine est poète par l’expression, ce qu’il a vu de ressources dans notre langue, ce qu’il en a tiré de richesses. On ne fait pas assez d’attention à cette foule de locutions aussi nouvelles qu’elles sont heureusement figurées. Aucun de nos portes n’a plié avec tant de facilité le vers français à toutes les formes imaginables. La monotonie, qu’on reproche à notre versification, chez lui disparaît absolument; ce n’est qu’au plaisir de l’oreille, au charme d’une harmonie toujours d’accord avec le sentiment et la pensée, qu’on s’aperçoit qu’il écrit en vers. Il dispose et entremêle si habilement ses rimes que le retour des sons paraît une grâce et non pas une nécessité. Nul n’a mis dans le rythme une variété si pittoresque; nul n’a tiré autant d’effets de la césure et du mouvement des vers; il les coupe, les suspend, les retourne comme il lui plaît. L’enjambement qui semble réservé aux vers grecs et latins est fort commun dans les siens, et ne serait pas un mérite s’il ne produisait des beautés; car, s’il est vicieux dans le style soutenu, à moins qu’il n’ait un dessein bien marqué et bien rempli, il est permis dans le style familier, et tout dépend de la manière de s’en servir….. C’est La Fontaine qui possède cette harmonie imitative des anciens, qu’il nous est si difficile d’atteindre; et Ton ne peut s’empêcher de croire, en le lisant, que toute sa science en cette partie est plus d’instinct que de réflexion. Chez cet homme, si ami du vrai et si ennemi du faux, tous les sentiments, toutes les idées, tous les personnages ont l’accent qui leur convient, et l’on sent qu’il n’était pas en lui de pouvoir s’y tromper. »

Jean-François de La Harpe

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •  

« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.