La Fontaine trompé par Mlle Colletet

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La Fontaine avait aimé la femme de Col­letet


La mort de Colletet, qui arriva en cette année 1659, fit faire une assez plaisante infidélité à notre poète : lui seul en eût été capable. Il avait aimé la femme de Col­letet, pendant que son mari vivait, parce qu’elle faisait bien des vers. A la mort du mari, elle n’en fit plus : c’est que le mari les faisait et les mettait sous le nom de sa femme. Elle avait été sa servante, et est fort connue parmi les poètes. Claudine était la troisième servante que Colletet avait épousée ; il n’y faisait point tant de façon, quand il les trouvait à son gré. La Fontaine était assez de ce goût pour ses maîtresses. Il dit quelque part :

Je me contente à moins qu’Horace.
Quand l’objet en mon cœur a place,
Et qu’à mes yeux il est joli,
Do nomen quodlibet illi.

Colletet, qui savait bien qu’après sa mort sa femme ne ferait plus de vers, pour couvrir la chose, fit, quelque temps avant que de mourir, sept vers, sous le nom de sa Claudine, par lesquels elle protestait qu’après la mort de son mari, elle renonçait à la poésie. Le P, Vavasseur les traduisit en vers latins, et donna l’original et la traduction dans le premier livre de ses épigrammes. Nous croyons pouvoir les transporter ici, sans craindre de passer pour plagiaire, parce qu’ils servent à l’his­toire de notre poète.

Les voici  :

Le cœur gros de soupirs, Ici yeux noyés de larmes,
Plus triste que la mort dont je sens les alarmes,
Jusque dans le tombeau je vous suis, cher époux.
Comme je vous aimai d’une ardeur sans seconde,
Comme je vous louai d’un langage assez doux ;
Pour ne plus rien aimer, ni rien louer au monde,
J’ensevelis mon cœur et ma plume avec vous.

La Fontaine voyant que la belle Claudine tenait trop exactement sa parole, lui qui avait aimé et loué éperdument cette femme  du vivant de son mari, la quitta, quand il vit qu’étant veuve elle ne faisait plus de vers. Mais, non-seulement il la quitta, il fit des vers contre elle, parce qu’elle l’avait trompé.

Les oracles ont cessé ;
Colletet est trépassé.
Dès qu’il eut la bouche close,
Sa femme ne dit plus rien :
Elle enterra vers et prose
Avec le pauvre chrétien.

Furetière aimait aussi cette Claudine, et avait son portrait fait par de Sève, fameux peintre, sur lequel notre poète fit un sonnet.

(Contes et nouvellesde La Fontaine, par Mathieu Marais, Delahays, 1858)

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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