La Fontaine : sa vie

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La Fontaine


projet de monument élevé à La Fontaine
Monument

Jean de la Fontaine est né le 7 juillet 1621 à Château-Thierry, où son père était maître des eaux et forêts. Il fit au collège de sa ville natale des études qui semblent avoir été médiocres. A dix-neuf ans, transporté par la lecture de quelques livres de piété, il songea à embrasse/ l’état ecclésiastique et entra à l’Oratoire. Il en sortit bientôt, eut la survivance de la charge de son père, et se maria (1647) avec Marie Héricart, âgée de quinze ans et qui avait de l’esprit et de la beauté. Mais La Fontaine n’était capable de supporter aucune contrainte : il négligea, puis il oublia sa femme, voire son fils. Quelques vers, une imitation de L’Eunuque de Térence (1654), un poème sur Adonis (1656) lui avaient déjà valu une certaine réputation. C’est alors qu’un parent de sa femme, Jannart, substitut du surintendant, le présenta à Fouquet. Il reçut une pension, à charge de donner, pour chaque quartier, quittance sous forme de petits vers, madrigaux, ballades et sonnets, et devint l’un des poètes attitrés de la société de Vaux ; c’est la période de bel esprit dans l’histoire du développement poétique de La Fontaine. La disgrâce de Fouquet lui inspira ses premiers vers de génie : l’Élégie aux Nymphes de Vaux (1661).

Les Contes commencèrent à paraître en 1664. Les Fables parurent en trois recueils : en 1668, les six premiers livres, sous le titre de Fables d’Ésope mises en vers par M. de la Fontaine ; en 1678 et 1670, cinq autres livres, qui contiennent les plus belles fables ; le douzième, fort inférieur, en 1694.

Ce n’est qu’à l’âge de soixante-trois ans que La Fontaine fut reçu à l’Académie : il avait échoué deux fois, à cause de l’opposition de Louis XIV, qui ne lui pardonnait pas le ton licencieux de ses Contes.

La Fontaine eut pendant toute sa vie le bonheur de trouver des protections dévouées, qui, venant au secours de son inintelligence des intérêts matériels, lui évitèrent tout souci de ce genre, et jusqu’à celui du logement et du vêtement. En 1664, les libéralités de la duchesse douairière d’Orléans, veuve de Gaston, remplacent celles de Fouquet. Après la mort de la duchesse, il devint l’hôte de Mme de la Sablière, dont il ne quitta la maison qu’en 1693 pour celle de M. d’Hervart. Très libre en ses mœurs, La Fontaine avait souvent promis d’être sage et longtemps différé avant de tenir sa promesse. Mais, dans les derniers temps, il se convertit avec la même sincérité qu’il apportait en toutes choses.

Une lettre qu’il écrivait le 10 février 1695 à son ami Maucroix est le témoignage de ses sentiments.

Tu te trompes assurément, mon cher ami, s’il est bien vrai, comme M. de Soissons me l’a dit, que tu me croies plus malade d’esprit que de corps. Il me l’a dit pour tâcher de m’inspirer du courage, mais ce n’est pas de quoi je manque. Je t’assure que le meilleur de tes amis n’a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n’est pour aller un peu il l’Académie, afin que cela m’amuse. Hier, comme j’en revenais, il me prit au milieu de la rue du Chantre une si grande faiblesse que je crus véritablement mourir. 0 mon – cher, mourir n’est rien : mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu ? Tu sais comme j’ai vécu.
Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l’éternité seront peut-être ouvertes pour moi.

Il mourut le 13 avril de la même année.

Son caractère ; son génie.

— Les contemporains, qui avaient surnommé La Fontaine « le bonhomme », se sont plu à nous le présenter sous les traits d’un grand enfant, naïf autant que bon, qui pouvait avoir du génie en écrivant, mais sans avoir assez d’esprit pour se conduire. Lui-même en fait l’aveu :

Les pensers amusants, les vagues entretiens,
Vains enfants du loisir, délices chimériques…
Ont pris comme à l’envi la fleur de mes années.

Et il parle en des vers délicieux de cette inconstance qu’il porte aussi bien dans sa façon de vivre que dans sa façon de composer :

Je m’avoue, il est vrai, s’il faut parler ainsi,
Papillon du Parnasse et semblable aux abeilles
A qui le bon Platon compare nos merveilles.
Je suis chose légère et vole à tout sujet :
Je vais de fleur en fleur et d’objet en objet.
A beaucoup de plaisir je mêle un peu de gloire.
J’irais plus haut peut-être au temple de Mémoire,
Si dans un genre seul j’avais usé mes jours,
Mais quoi ! Je suis volage en vers comme en amours…

Cette inconstance est chez lui le résultat d’une disposition qui fait qu’il s’intéresse à toutes choses et qu’il découvre successivement en chacune un côté plaisant qui l’attire et le retient. Dans les premières pages de Psyché, où il décrit la société qu’il formait avec Racine, Boileau et Chapelle, il se met lui-même en scène sous les traits de Polyphile, « celui qui aime toutes choses ».

Cette universelle sympathie, faculté poétique par excellence, est ce qui rend compte, non pas de son caractère seulement, mais de la nature particulière de son génie.

C’est ainsi que La Fontaine s’éprend de toutes les formes de la beauté littéraire et qu’il aime les écrivains les plus différents :

J’en lis qui sont du Nord et qui sont du Midi.

Nul, au XVIIe siècle, n’a plus admiré les anciens et surtout nul ne les a mieux compris. Mais ce culte ne le rend pas exclusif. Il « chérit » l’Arioste et il « estime » le Tasse ; il est « plein de Machiavel, entêté de Boccace ».

Il n’est pas resté étranger à notre littérature du moyen âge ; il est entré dans l’intimité de nos auteurs du XVIe siècle, de Rabelais et de Marot. Il reconnaît encore que les modernes lui ont servi, et c’est en entendant réciter une ode de Malherbe qu’il s’est senti poète. On retrouvera dans son œuvre la trace de toutes ces lectures.

Il a l’ironie malicieuse des auteurs de fabliaux, il parle cette langue pleine de saveur des écrivains du XVIe siècle.

Surtout il a pris aux anciens ce sentiment de la mesure et de la sobriété, ce goût exquis grâce auquel il peut réunir dans un cadre restreint des éléments très divers et qui s’unissent dans une souveraine harmonie. En ce sens, La Fontaine est un imitateur, mais imitateur de génie :

Mon imitation n’est point un esclavage :
Je ne prends que l’idée et les tours ; et les lois
Que nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois.

De même, Polyphile ne reste insensible devant aucun des spectacles de la vie. Il s’est occupé de l’étude de l’homme, autant que les moralistes de son temps. En outre, il s’est ouvert à des sentiments qu’on ne connaissait guère autour de lui. II aime la nature :

Solitude où je sens une douceur secrète,
Lieux que j’aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ?
Oh ! qui m’arrêtera sous vos sombres asiles ?

D’ailleurs, ce n’est pas seulement à travers les anciens que La Fontaine aime la nature, et la précision que prennent sous sa plume les traits de description montre de quel œil attentif il a observé la campagne. Il en a noté les aspects aux différents temps de l’année, il en sait les habitudes et les travaux. Lui seul peut-être en son temps a vu passer par nos forêts « le pauvre bûcheron tout couvert de ramée » ; il l’a suivi jusqu’à « sa chaumine enfumée » et a fait avec lui le compte des fatigues qu’il a dû s’imposer pour satisfaire à tant de monde : « sa femme, ses enfants, les impôts, le créancier et la corvée ».

C’est avec reconnaissance qu’il parle des bienfaits que nous devons aux animaux et avec émotion qu’il parle de leurs souffrances. Aussi n’est-ce pas lui qui admettra que, selon la théorie de Descartes, les animaux ne soient que des machines, et, selon le mot d’un de ses disciples, que cela ne sente point. Cela sent au contraire, et souffre, et n’a besoin que d’une voix pour se plaindre. Le poète répand sur l’ensemble de la nature et retrouve à tous ses degrés la sensibilité et la vie : tout s’anime, jusqu’à l’arbre et jusqu’à la plante, « car tout parle dans l’univers ». On voit ainsi comment ce petit livre des Fables peut être une œuvre si complète, unissant tant de sources d’intérêt que chacun y trouve son compte, l’enfant pour se divertir, le vieillard pour se souvenir. C’est qu’à sa composition ont concouru les éléments les plus divers, venus de tous les points du monde des idées et des êtres.

Le poète a vraiment « fait son miel de toutes choses ».

Études littéraires sur les auteurs français, par M. René Doumic et Léon Levrault,P. Delaplane (Paris) 1909.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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