La Fontaine et Molière, simples copieurs ? par Chamfort

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La Fontaine, Molière et le plagiat…


Sébastien-Roch Nicolas, qui prit par la suite le nom de Chamfort, né probablement à Clermont-Ferrand le 6 avril 1740 et mort le 13 avril 1794 à Paris, est un poète, journaliste et moraliste français.

La Fontaine, comme Molière, prenait son bien où il le trouvait ; mais ce n’est pas le seul rapport que le fabuliste ait avec notre grand comique. Chamfort a rapproché à ces deux hommes de génie, tous deux disciples de l’antiquité et de la nature, tous deux imitateurs et originaux. Lisons ensemble, cet ingénieux parallèle :

 

Molière chez luiMolière, dans chacune de ses pièces, ramenant la peinture des mœurs à un objet philosophique, donne à la comédie la moralité de l’apologue ; La Fontaine, transportant dans ses fables la peinture des mœurs, donne à l’apologue une des grandes beautés de la comédie, les caractères.
Doués tous les deux au plus haut degré du génie d’observation, génie dirigé dans l’un par une raison supérieure, guidé dans l’autre par un instinct non moins précieux, ils descendent dans le plus profond de nos travers et de nos faiblesses ; mais chacun, selon la double différence de son genre et de son caractère, les exprime différemment.
Le pinceau de Molière doit être plus énergique et plus ferme, celui de La Fontaine plus délicat et plus fin. L’un rend les grands traits avec une force qui le montre comme supérieur aux nuances ; l’autre saisit les nuances avec une sagacité qui suppose la science des grands traits.
Le poète comique semble s’être plus attaché aux ridicules, et a peint quelquefois les formes passagères de la société.
la-fontaine-et-mme-la-sabliereLe fabuliste semble s’adresser davantage aux vices, et a peint une nature encore plus générale : le premier me fait plus rire de mon voisin ; le second me ramène plus à moi-même. Celui-ci me venge davantage des sottises d’autrui ; celui-là me fait mieux songer aux miennes. L’un semble avoir vu les ridicules comme un défaut de bienséance choquant pour la société ; l’autre, avoir vu les vices comme un défaut de raison fâcheux pour nous-mêmes.

Après la lecture du premier, je crains l’opinion publique ; après la lecture du second, je crains ma conscience.

Enfin, l’homme corrige par Molière, cessant d’être ridicule, pourrait devenir vicieux ; corrigé par La Fontaine, il ne serait plus vicieux, ni ridicule, il serait raisonnable et bon, et nous nous trouverions vertueux, comme La Fontaine était philosophe sans s’en douter.

Sébastien-Roch Nicolas

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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