La Fontaine et le poème Quinquina

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Histoire chronologique de la vie et des œuvres de La Fontaine :


1654 – 165816591660166116631664 – 1665166716691671167316741680 – 1681 – 1682 168416851686 – 16871688 16891691 1692 – 1693

1680, 1681. — Mme de Fontange, reçue fille d’honneur de Madame le 17 octobre 1678, brilla beaucoup au carnaval de 1679, fut faite duchesse en 1680, et s’attira par sa beauté et par ses grâces les hommages poétiques et les fictions galantes de la muse de La Fontaine.

Charmant objet, digne présent des cieux,
(Et ce n’est point langage du Parnasse)
Votre beauté vient de la main des dieux.

Il fait entrer, dans cette pièce, très-adroitement, l’éloge du roi et de sa figure noble et majestueuse, qui n’étoit point inutile à ce sujet. Il y a mis aussi deux épithalames pour M. le duc et M. le prince de Conti. Le poète voit tout cela dans l’Olympe. Jupiter, content des hommes, dit :

Je veux récompenser
De quelque don la terrestre demeure.

Et ce don est Mme de Fontange, dont il fait un portrait enchanteur, et non ressemblant à aucun de tous ceux qu’il a faits. Car il a cela de particulier, qu’ayant composé une infinité d’ouvrages, il est toujours divers, toujours nouveau, et la source où il puise ne tarit point. Il fit encore pour Mme de Fontange des vers qui furent mis au bas de chaque saison, à un Almanach que le roi lui donna pour ses étrennes de l’année 1682.

1682.— Le poème du Quinquina parut en 1682 avec quelques autres ouvrages. Il est dédié à Mme la duchesse de Bouillon, qui lui avoit donné ordre de travailler sur ce sujet, et de mettre cette matière physique en vers.

La raison me disoit que mes mains étoient lasses;
Mais un ordre est venu, plus puissant et plus fort
Que la raison. Cet ordre, accompagné de grâces,
Ne laissant rien de libre au cœur, ni dans l’esprit,
M’a fait passer le but que je m’étois prescrit.
Vous vous reconnoissez à ces traits, Uranie?
C’est pour vous obéir, et non point par mon choix,
Qu’à des sujets profonds s’occupe mon génie,
Disciple de Lucrèce une seconde fois.

Ce dernier vers a rapport au Discours adressé à Mme de la Sablière , qui est parmi ses Fables, où il a traité de l’âme des bêtes, selon le sentiment de Descartes.

Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu
Chez les païens, et qui tient le milieu
Entre l’homme et l’esprit, comme, entre l’huître et l’homme,
Le tient tel de nos gens, franche bête de somme.

Ainsi sa muse facile traitoit toute sorte de sujets et les embellissoit tous. Dans celui-ci, il explique l’effet du quinquina, d’une manière philosophique et poétique tout ensemble, et il est plus poète que Lucrèce. Il y décrit la sanguification, la fièvre, le retour des accès, l’état d’un mourant, la guéri son du mal, et il entremêle tout cela de traits élevés, d’éloges du roi, de M. le Prince et de M. Colbert, que le quinquina avoit guéris, et de cent beautés rares et nouvelles : il est tout ce qu’il veut être. Il parle de l’ancienne médecine ; puis sa muse flatte le roi et les hommes qui vivent sous son empire :

D’autres temps sont venus; Louis règne, et la Parque
Sera lente à trancher nos jours sous ce monarque.
Son mérite a gagné les arbitres du sort;
Les destins avec lui semblent être d’accord.
Durez, bienheureux temps !…

L’occasion de ce poème fut que le chevalier Talbot, Anglais, mit le quinquina en grand crédit, vers l’année 1680. Il en faisoit une préparation singulière, dont le succès étonna toute la France, et les lecteurs trouveront bon d’être renvoyés, sur cela, à deux articles des Nouvelles de la République des lettres de Bayle, le onzième article du mois de février, et le huitième article du mois d’avril 1685, et à cet incomparable Dictionnaire du Commerce, si élégamment écrit, qu’on nous vient de donner en 1723, et qui fait honneur à notre Dation: ils sont sûrs d’y trouver des choses curieuses.
Les autres ouvrages, joints au poème du Quinquina, dans l’édition de 1682, sont la Matrone d’Éphèse et Belphégor, qui sont dans les recueils des Fables et des Contes, et qui ne sont point de notre ressort. Il faut seulement remarquer que la Matrone d’Ephèse avoit déjà paru dès l’année 1664, avec Joconde. Un petit ballet, qui n’est point fini, qui a pour titre Galatée, et qui commence par cette chanson si fameuse, qui est dans la bouche de tout le monde, et que Lambert a mise en musique :

Feuillages verts, naissez;
Herbe tendre, croissez….

L’inconstance et l’inquiétude, qui me sont si naturelles, m’ont empêché, dit-il, d’achever les trois actes, à quoi je voulois réduire ce sujet. Enfin, on y trouve l’opéra de Daphné, que nous avons mis dans son ordre à l’année 1674.

Le 6 août 1682, M. le duc de Bourgogne vint au monde. La Fontaine célébra sa naissance par deux ballades, dont l’une a été imprimée, et l’autre a été trouvée écrite de sa main, parmi ses papiers. On les donnera toutes deux pour les comparer.

Quand le poète fit ces grandes prédictions, il ne savoit pas que ce prince auroit un jour du goût pour ses ouvrages; que lui-même lui dédieroit ses dernières fables, comme il avoit dédié les premières à Mgr le Dauphin, son père, et que la France auroit la douleur de le perdre si tôt.

“La Fontaine et le poème Quiquina”

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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