La Dernière lettre de La Fontaine

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Quelques semaines auparavant, le 10 février, La Fontaine écrivait à Maucroix un billet qui renfermait tout à la fois le pressentiment d’une mort prochaine et la volonté de s’y bien préparer. Pareille lettre n’a pas besoin de commentaire :

10 février 1695
portrait-la-fontaineTu te trompes assurément, mon cher ami, s’il est bien vrai, comme M. de Soissons me l’a dit, que tu me croies plus malade d’esprit que de corps. Il me l’a dit pour tâcher de m’inspirer du courage ; mais ce n’est pas de quoi je manque. Je t’assure que le meilleur de tes amis n’a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n’est pour aller un peu à l’Académie, afin que cela m’amuse. Hier, comme j’en revenais, il me prit, au milieu de la rue du Chantre, une si grande faiblesse, que je crus véritablement mourir. O mon cher ! mourir n’est rien : mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu ? Tu sais comme j’ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l’éternité seront peut-être ouvertes pour moi.

Profondément ému, Maucroix répondit immédiatement le14 février 1695 :

Mon cher ami,
La douleur que la dernière lettre me cause est telle que tu te la dois imaginer. Mais en même temps je le dirai que j’ai bien de la consolation des dispositions chrétiennes où je te vois. Mon très-cher, les plus justes ont besoin de la miséricorde de Dieu. Prends-y donc une entière confiance, et souviens-toi qu’il s’appelle le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ; invoque-le de tout ton cœur. Qu’est-ce qu’une véritable contrition ne peut obtenir de cette bonté infinie ? Si Dieu te fait la grâce de te renvoyer la santé, j’espère que tu viendras passer avec moi les restes de ta vie, et souvent nous parlerons ensemble des miséricordes de Dieu. Cependant, si tu n’as pas la force de m’écrire, prie M. Racine de me rendre cet office de charité, le plus grand qu’il me puisse jamais rendre. Adieu, mon bon, mon ancien et mon véritable ami ; que Dieu, par sa très-grande bonté, prenne soin de la santé de ton corps et de celle de ton âme !

La lettre est datée du 10 février 1695. La Fontaine mourut deux mois après, le 13 avril. Il avait soixante-quatorze ans.

autographe de La Fontaine
 

Dans les Mémoires de Maucroix, se trouve le passage suivant qu’on ne peut lire sans attendrissement :

 Le 13 mars 1695 (c’est le 13 avril qu’il faut lire), mourut à Paris mon très cher et très fidèle ami M. de La Fontaine. Nous avons été amis plus de cinquante ans, et je remercie Dieu d’avoir conduit l’amitié extrême que je lui portais, jusque dans une assez grande vieillesse, sans aucune interruption ni refroidissement, pouvant dire que je l’ai toujours tendrement aimé, et autant le dernier jour que le premier. Dieu, par sa miséricorde le veuille mettre en son saint repos. C’était l’âme la plus candide et la plus sincère que j’aie jamais connue. Jamais de déguisement. C’était, au reste, un très bel esprit, capable de tout ce qu’il voulait entreprendre. Ses Fables, au dire des plus habiles, ne mourront jamais, et lui feront honneur dans toute la postérité. »

 

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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