Jupiter et les tonnerres

Jupiter et les tonnerres

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Jupiter voyant nos fautes,
Dit un jour du haut des airs :
Remplissons de nouveaux hôtes
Les cantons de l’Univers
Habités par cette race
Qui m’importune et me lasse.
Va-t’en, Mercure, aux Enfers :
Amène-moi la furie
La plus cruelle des trois.
Race que j’ai trop chérie,
Tu périras cette fois.
Jupiter ne tarda guère
A modérer son transport.
O vous Rois qu’il voulut faire
Arbitres de notre sort,
Laissez entre la colère
Et l’orage qui la suit
L’intervalle d’une nuit.
Le Dieu dont l’aile est légère,
Et la langue a des douceurs,
Alla voir les noires Soeurs.
A Tisiphone et Mégère
Il préféra, ce dit-on,
L’impitoyable Alecton.
Ce choix la rendit si fière,
Qu’elle jura par Pluton
Que toute l’engeance humaine
Serait bientôt du domaine
Des déités de là-bas.
Jupiter n’approuva pas
Le serment de l’Euménide.
Il la renvoie, et pourtant
Il lance un foudre à l’instant
Sur certain peuple perfide.
Le tonnerre ayant pour guide
Le père même de ceux
Qu’il menaçait de ses feux,
Se contenta de leur crainte ;
Il n’embrasa que l’enceinte
D’un désert inhabité.
Tout père frappe à côté.
Qu’arriva-t-il ? Notre engeance
Prit pied sur cette indulgence.
Tout l’Olympe s’en plaignit :
Et l’assembleur de nuages
Jura le Styx, et promit
De former d’autres orages ;
Ils seraient sûrs. On sourit :
On lui dit qu’il était père,
Et qu’il laissât pour le mieux
A quelqu’un des autres Dieux
D’autres tonnerres à faire.
Vulcan entreprit l’affaire.
Ce Dieu remplit ses fourneaux
De deux sortes de carreaux.
L’un jamais ne se fourvoie,
Et c’est celui que toujours
L’Olympe en corps nous envoie.
L’autre s’écarte en son cours ;
Ce n’est qu’aux monts qu’il en coûte ;
Bien souvent même il se perd,
Et ce dernier en sa route
Nous vient du seul Jupiter.

A. de Closset : Voltaire dit au sujet de cet apologue : « Je n’ai jamais bien compris la fable de Jupiter et tes tonnerres dans La Fontaine. Lui avait-on donné te sujet de celte mauvaise fable, qu’il mit en vers si éloignés de son genre ? Voulait-on dire que les ministres de Louis XIV étaient inflexibles et que le roi pardonnait ? » (Dict. philos.) Le jugement de Voltaire semble un peu sévère. Nous préférons celui de Géruzez qui voit, dans cette fable, un modèle de facilité élégante et harmonieuse dans le rythme le moins favorable à l’harmonie. Quant au sens moral, ne suffit-il pas de généraliser la question de Voltaire pour le découvrir ? La Fontaine n’a-t-il pas voulu dire que les ministres d’un roi absolu sont d’ordinaire inflexibles et que les rois sont cléments ?

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