Jean Racine

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Jean Racine


 Anecdote : Un jour qu’il soupait avec Racine, Boileau, La Fontaine et Descoteaux, fameux joueur de note, La Fontaine était encore plus qu’il l’ordinaire plongé dans ses distractions. Racine et Boileau, pour le tirer de sa léthargie, se mirent à le railler si vivement, qu’à la lin Molière trouva que c’était passer les bornes. Au sortir de table, il poussa Descoteaux dans l’embrasure d’une fenêtre, et, lui parlant d’abondance de cœur, il dit : « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils « n’effaceront pas le bonhomme. »


(1639-1699)

Jean Racine
Jean Racine

Jean Racine, fils d’un contrôleur du grenier à sel à la Ferté-Milon, naquit dans cette ville le 21 décembre 1639, trois ans après l’éclatante apparition du Cid. Orphelin à trois ans, le jeune Racine fut recueilli par sa grand’mère Marie des Moulins, et élevé par Port-Royal, dont l’influence devait se manifester sur sa vie tout entière. Cependant, malgré les supplications de sa tante, la Mère Agnès, religieuse à Port-Royal, et de son oncle Sconin, vicaire général à Uzès, le jeune homme se voue à la poésie et au théâtre. Sa première pièce de vers, composée en honneur de la nouvelle reine Marie-Thérèse, parut sous 1 s auspices de Chapelain, et ses deux premières tragédies, la Thébaïde et Alexandre, furent représentées sur le théâtre de Molière. Mais Racine ne tarda pas à se brouiller avec ce dernier ; trouvant son Alexandre mal joué, il le porta secrètement à la troupe rivale de l’Hôtel de Bourgogne, et Molière, mécontent à juste titre, ne le lui pardonna pas.

C’est à l’Hôtel de Bourgogne que Racine fit représenter successivement : Andromaque (1667), les Plaideurs (1668), Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674), et Phèdre (1677). Il était membre de l’Académie depuis 1673. Cependant le succès fait toujours des ennemis ; Racine, l’éprouva lors de l’apparition de Phèdre, qu’une sotte cabale faillit faire tomber. Il se retira du théâtre, se réconcilia avec Port-Royal, se maria, et se consacra à l’éducation de sa nombreuse famille, et à sa nouvelle charge d’historiographe du roi.

En 1685, madame de Maintenon le pria de composer un petit divertissement pieux pour les élèves de Saint-Cyr, qui venaient de représenter trop bien son Andromaque. Racine écrivit pour elles une délicieuse idylle, un chef-d’œuvre, si on le replace dans son cadre, Esther, qui fut un des trois grands succès du siècle. Mais les applaudissements tournèrent la tête aux élèves de madame de Maintenon, qui ne permit pas la représentation publique d’Athalie (1691). Ce fut un échec et un chagrin pour Racine, qui sentait la valeur de sa dernière œuvre ; ses ennemis en triomphèrent, et ce n’est qu’au siècle suivant qu’on a salué dans Athalie le chef-d’œuvre, non seulement de notre scène, mais de l’esprit humain. Cependant, malgré cette amertume, Athalie ne fut pas la dernière œuvre de Racine ; il composa encore quatre admirables Cantiques spirituels, qui servirent de modèles aux poètes lyriques de notre siècle, comme ses excellentes Épigrammes aux nombreuses épigrammes du siècle dernier.

Frappé en 1698 d’une disgrâce, dont les véritables motifs ne sont pas connus nette¬ment, mais dont on a certainement exagéré l’étendue et la durée, Racine mourut le 21 avril 1699. Il fut, selon son désir, inhumé à Port-Royal ; mais quand la persécution religieuse eut dispersé les tombes des solitaires, les restes du poète furent transportés dans les caveaux de Saint-Étienne du Mont, où ils reposent aujourd’hui.

Morceaux choisis des classiques français du XVIIe siècle (prosateurs et poètes): précédés d’un tableau de la littérature française au XVIIe siècle – Napoléon Maurice Bernardin – C. Delagrave, 1809.


Anecdote :

Lorsque madame La Fontaine se fut retirée à Château-Thierry, Racine et Despréaux représentèrent à notre poète que cette séparation n’était pas décente et ne lui faisait point honneur : ils lui conseillèrent un raccommodement. La Fontaine, sans délibérer, partit ; il se rendit en droiture chez sa femme , mais le domestique de la maison qui ne le connaissait point, lui dit que madame La Fontaine était au salut. Ennuyé d’attendre, il fut voir un de ses amis qui le retint à souper. La Fontaine, bien régalé, oublia sa mission ; et sans songer à sa femme, se remit le lendemain dans la voiture publique, et revint à Paris. Ses amis, en le voyant, s’empressèrent de lui demander le succès de son voyage : J’ai été pour voir ma femme, leur dit-il, mais je ne l’ai point trouvée ; elle était au salut.


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