Jean de La Fontaine et Voltaire

Jean de La Fontaine et Voltaire

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Jean de La Fontaine et Voltaire :


Voltaire, dans sa lettre écrite sous le nom de M. de La Visclède à M. le secrétaire perpétuel de l’Académie de Pau, rend justice à La Fontaine, mais avec des restrictions :

 

quelques« Il avait, dit-il, ce grand don de la nature, le talent. L’esprit le plus supérieur n’y saurait atteindre. C’est par les talents que le siècle de Louis XIV sera distingué à jamais de tous les siècles, dans notre France si longtemps grossière. Il y aura toujours de l’esprit ; les connaissances des hommes augmenteront ; on verra des ouvrages utiles. Mais des talents, je doute qu’il en naisse beaucoup. Je doute qu’on retrouve l’auteur de Cinna, celui d’Iphigènie, d’Athalie, de Phèdre, celui de l’Art poétique, celui de Roland et d’Armide ; celui qui força eu chaire, jusqu’à des ministres, de pleurer et d’admirer la fille de Henri IV, veuve de Charles Ier, et sa fille Henriette, Madame… Nous avons quelques comédies très-agréables ; mais un Molière ! je vous prédis très-hardiment que nous n’en aurons jamais. Quelle gloire pour La Fontaine d’être mis presque à côté de tous ces grands hommes !…

« Quand je dis qu’il est presque égal, dans ses bonnes fables, aux grands hommes de son mémorable siècle, je ne dis rien de trop fort. Je serais un exagérateur ridicule si j’osais comparer

Le Corbeau et le Renard par Granville
Le Corbeau et le Renard par Granville

Maître corbeau sur un arbre perché
Tenoit en son bec un fromage,
et
La cigale ayant chanté tout l’été,

à ces vers de Corneille qui tient l’urne de son époux :

Éternel entretien de haine et de pitié,
Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié;

et à ceux de César :

Restes d’un demi-dieu dont à peine je puis
Égaler le grand nom, tout vainqueur que j’en suis !

« Le Savetier et le Financier, les Animaux malades de la peste, le Meunier, son Fils et l’Âne, etc… tout excellents qu’ils sont dans leur genre, ne seront jamais mis par moi au même rang que la scène d’Horace et de Curiace, ou que les pièces inimitables de Racine, ou que le parfait Art poétique de Boileau, ou que le Misanthrope et le Tartuffe de Molière. Le mérite extrême de la difficulté surmontée, un grand plan conçu avec génie, exécuté avec un goût qui ne se dément jamais dans Racine, la perfection enfin dans un grand art, tout cela est bien supérieur à l’art de conter. Je ne veux point égaler le vol de la fauvette à celui de l’aigle. Je me borne à vous soutenir que La Fontaine a souvent réussi dans son petit genre autant que Corneille dans le sien. » – Voltaire , Voltaire et Jean de La Fontaine –

(Œuvres complètes de La Fontaine: Fables, Louis Moland – Garnier Frères, 1872)

Par d’après Quentin de La Tour[1], Domaine public, Lien

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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