Guillaume Anfrie de Chaulieu

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Guillaume Anfrie de Chaulieu


Mais, dès qu’il vous arrivera
Le moindre mal, on me verra
Vite à Saint-Germain de la Truite
Frère servant d’un autre ermite,
Qui sera l’abbé de Chaulieu :
Sur ce, je vous commande à Dieu.

Jean de La Fontaine, Épître XXII. A M. de Vendôme, 1691.

 

Guillaume Anfrie de Chaulieu naquit, en 1639, à Fontenay. Sa famille, originaire d’Angleterre, était établie d’ancienne date dans la Basse-Normandie, où elle possédait des terres considérables.

On l’envoya très jeune au collège de Navarre, où il fit des études brillantes. II y eut pour condisciples et pour amis le prince et l’abbé de Marsillac, tous deux fils de l’illustre La Rochefoucauld.

Mais de toutes les liaisons de Chaulieu avec des per­sonnes d’un rang élevé, aucune ne fut plus intime et ne servit autant à sa fortune que celle qu’il forma avec les deux princes de Vendôme. Il fut chargé de la direction de leurs affaires, et obtint à leur recommandation un re­venu de plus de 30.000 livres en bénéfices.

Chaulieu ne soupçonna et ne cultiva qu’assez tard son talent. Ce fut Chapelle qui lui inspira le goût de la poésie, et lui donna les premières leçons de l’art des vers.

II chercha avant tout dans la culture de la poésie un nouveau moyen de plaire à ses amis et de se distraire lui-même. Les maximes de la philosophie qu’il s’était faite et les douceurs de l’amour furent le sujet constant de ses vers.  Mais il y eut entre lui et beaucoup d’autres poètes cette différence, qu’il ne perdit pas son temps à chanter des maîtresses imaginaires : les hom­mages variés de sa muse ne s’adressèrent jamais qu’à des beautés réelles et toujours disposées à en acquitter le prix.

Le plus grand nombre de ses vers lui fut inspiré par madame d’Aligre, femme moins distinguée encore par sa beauté que par la supériorité de son esprit et la bonté de son âme. C’est la même que La Bruyère a célébrée dans ses écrits sous le nom d’Artenice, et dont il nous a laissé un portrait charmant.

La vieillesse ne put refroidir le cœur ni l’imagination de Chaulieu. A un âge où l’homme se recueille, pour ainsi dire, tout entier dans le sentiment du peu de vie qui lui reste, il avait conservé une âme expansive et passionnée ; et, comme il le dit lui-même avec autant de grâce que de naïveté. il

Servait encore un dieu qu’il n’osait plus nommer.

Vers les dernières années de sa vie, il connut la célèbre mademoiselle de Launny, depuis madame de Staal, et fut lié avec elle d’une amitié d’autant plus vive et plus tendre, qu’il était toujours tenté de la prendre pour de l’amour

La vieillesse de Chaulieu, tourmentée par les souvenirs trop passionnés d’un autre âge, fut encore éprouvée par les maux physiques. Dès 1693, il avait eu des attaques de goutte devenues plus fréquentes et plus cruelles par le progrès des années. A la goutte se joignirent des douleurs d’yeux vives et continues, et finirent par le priver en­tièrement de la vue. Au milieu de ces souffrances accu­mulées il conserva une gaîté inaltérable et toute la viva­cité de son esprit.

Il mourut dans sa maison du Temple, le 27 juin 1720, âgé de 81 ans.

Petits poètes français, depuis Malherbe jusqu’à nos jours, avec des notices biographiques et littéraires sur chacun d’eux – Firmin Didot, 1849.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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