La Fontaine et l’Abbesse de Mouzon

La Fontaine et l'Abbesse de Mouzon

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La Fontaine et l’Abbesse de Mouzon


La Fontaine et sa femme ont subi les inconvénients qui accompagnent souvent les unions prématurées. Marie Héricart n’avait pas encore seize ans lorsqu’elle épousa notre poète, et lui, quoiqu’alors âgé de vingt-six ans, était loin d’avoir une raison assez formée, et surtout des penchants assez bien réglés, pour supporter patiemment les entraves dans lesquelles l’hymen retient ceux qui veulent vivre heureux sous ses lois. Nous savons, et la suite de ce récit en fournira des preuves trop nombreuses, que nul homme n’a plus que la Fontaine aimé les femmes, que nul n’a été plus tôt et plus longtemps sensible à leurs attraits, et ne s’est abandonné plus ouvertement, et avec moins de scrupule, aux I charmes de leur doux commerce. Ce tort, si grand pour un homme engagé dans les liens du mariage, non-seulement la Fontaine le sentait ; mais il a fallu qu’il en fit en quelque sorte l’aveu public. On le trouve, cet aveu, à la fin du conte intitulé les Aveux indiscrets ; et il est bien placé là, car les seuls aveux indiscrets qu’ait jamais faits la Fontaine ont été pour révéler ses défauts, et non ceux des autres.

Le nœud d’hymen doit être respecté,
Veut de la foi, veut de l’honnêteté ;
Si par malheur quelque atteinte un peu forte
Le fait clocher d’un ou d’autre côté,
Comportez-vous de manière et de sorte
Que ce secret ne soit point éventé.
(Gardez défaire aux égards banqueroute ;
Mentir alors est digne de pardon.
Je donne ici de beaux conseils, sans doute :
Les ai-je pris pour moi-même ? hélas ! non !.

Les faits révélés par l’auteur du journal, son contemporain, ne confirment que trop bien ces aveux. Une jeune abbesse, que les incursions de espagnols avaient forcée de se retirer à Château-Thierry, alla loger chez la Fontaine. Il en fut épris, et il sut lui plaire. C’était, probablement Claude-Gabrielle-Angélique de coucy de Mailly *. Un jour sa femme les surprit ensemble ; sans se déconcerter il fit la révérence, et se retira. Le même auteur cite encore de lui des discours qu’on exagérait peut-être, mais qui prouvent qu’il avait pour sa femme la plus complète indifférence. Selon Tallemant des Réaux, la femme de la Fontaine, qui passait pour coquette, parlait de son mari comme d’un homme qui restait parfois trois semaines sans se croire marié, et qui, en entendant nommer quelqu’un qui en voulait à son honneur et cajolait sa femme, s’écria : « Ma foi, qu’il fasse ce qu’il pourra ; je ne m’en soucie point : il s’en lassera comme j’ai fait ! »

 

L’abbesse de Mouzon avait connu La Fontaine, les uns disent à Château-Thierry, où elle s’était antérieurement réfugiée, les autres à Reims. Elle l’invitait à l’aller voir à Mouzon. Mais le voyage n’était pas sûr. La guerre continuait avec les Espagnols ; ils occupaient Rocroy, et avaient dans cette ville une garnison nombreuse, commandée par un chef courageux et expérimenté nommé Montai, qui jetait la terreur dans toute la Champagne. Les habitants de Reims avaient même, sans l’autorisation du roi, fait avec lui une espèce de trêve. Il envoyait des cavaliers en partisans jusque dans le bois de Vincennes ; l’Hôpital, gouverneur de Paris, fut obligé de faire des patrouilles pour attraper les coureurs de Rocroy. La Fontaine s’excuse de ne pas oser se mettre en route sur ces circonstances, et rappelle l’aventure récente de M. Girardin,qui, se rendant à Bagnolet, fut enlevé par ces coureurs de Rocroix, aidés par des complices qu’ils avaient dans Paris, et transporté à Bruxelles, où il fut mis à rançon. Montai s’étant avancé vers Reims fut surpris, au mois d’août 1657, près de Sillery, par le comte Joyeuse de Grandpré. Mis en déroute, il laissa aux mains de Grandpré beaucoup de ses soldats, ses caissons et tous ses approvisionnements, fruits de ses exactions et de ses rapines, et fut obligé de s’enfermer dans Rocroix. La paix de 1659 mit fin à ces déprédations. 

(Louis Moland)

« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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